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1831. Les premières casquettes des ouvriers marins (mécaniciens)

Cette photo est issue de la collection d'un de nos confrères de La Sabretache, cette belle société d'histoire militaire à laquelle nous incitons nos lecteurs à adhérer. Elle présente une casquette pour le moins étrange.

Longtemps, nous n'avons pu l'identifier, jusqu'au moment où nous sommes tombés sur le dessin réalisé par Valmont. Rappelons que ce dernier fut officier de marine à partir de 1819 et qu'en 1839 il commandait un bâtiment à vapeur, l'Euphrate. Lorsqu'il représentait des marins à partir de 1819, Valmont savait donc de quoi il parlait ; il peignait les marins qu'il voyait, pas comme nombre d'artistes prestigieux qui n'eurent d'autres choix que de s'inspirer des travaux de ceux qui les avaient précédés.

La casquette que nous présentons aujourd'hui pourrait ainsi être attribuée à un ouvrier marin. Nous accompagnons cependant cette identification de précautions et de doutes...

La lettre du 9 juin 1831 rendit publique l'ordonnance du Roi du 30 mai précédent portant création d'une compagnie d'ouvriers marins à Toulon pour le service des bâtiments à vapeur. Cette ordonnance est l'acte fondateur de la spécialité de mécanicien. Cette compagnie d'ouvriers était destinée à recueillir l'ensemble du personnel mécanicien devant servir à bord de ce nouveau type de bâtiments pour prendre en compte leur spécificité technique.

Pas d'officiers à l'époque – la marine impériale ne consentit à créer le corps des officiers mécaniciens qu'en septembre 1860 –, mais des officiers mariniers et marins spécialisés : sur un bâtiment à vapeur de plus de 80 cv devaient embarquer 1 maître ou premier maître mécanicien, 1 second maître mécanicien, 2 aides mécaniciens (équivalents des quartiers-maîtres), 6 à 9 marins chauffeurs (responsables de l'alimentation de la chaudière par leurs pelletées de charbon et de la production de vapeur) et 3 apprentis chauffeurs.

Toulon étant d'abord pourvu, les autres ports devaient l'être par de semblables compagnies au fur et à mesure de l'arrivée des bâtiments à vapeur.


Mais si ces premiers textes organisent les compagnies d'ouvriers à venir, ils sont peu locaces au sujet de l'uniforme que ces nouveaux marins devaient revêtir. La lettre de 1831 précise simplement que les ouvriers marins ont une tenue identique à celle des hommes des équipages de ligne, avec cependant une différence à l'habit et au paletot : leur collet et les parements de leurs manches étaient en velours noir. Rien sur la coiffure. On pourrait donc supposer que les aides mécaniciens, ouvriers chauffeurs et apprentis chauffeurs adoptèrent la casquette à visière et couvre-nuque et à bandeau alternativement bleu et écarlate des seconds maîtres, quartiers-maîtres et matelots... Pourtant Valmont les représente avec une casquette à visière et bandeau rouge pour l'ouvrier chauffeur, et large galon or en partie supérieure du bandeau pour le maître mécanicien.

Cela pourrait donc correspondre à la casquette étrange dont nous avons obtenu la photo. Mais celle-ci porte une jugulaire en gourmette, alors que la casquette "champignon" des équipages de l'époque est garnie de deux mentonnières en peau de veau noir terminées par des attaches en ruban de fil noir et que la marine de l'époque était par ailleurs plutôt adepte des jugulaires à écailles. Enfin, cette casquette porte une ancre sur le devant du bandeau alors que nous n'en voyons pas sur la casquette de l'ouvrier chauffeur de Valmont.

N'ayant pas eu cette casquette en main, nous pouvons dire qu'elle a tout de l'apparence d'une casquette de maître mécanicien, à l'exception de sa jugulaire et de son ancre. Ces attributs n'auraient-il pas été ajoutés bien après la période du port de la casquette, sur une base tout à fait bonne mais pas assez explicite pour l'associer aux ouvriers de la marine ? Il nous semble qu'il existe une photo d'une casquette de ce type, avec une jugulaire en gourmette dans un ouvrage des années 1930 de Dépréaux, mais nous ne sommes pas parvenus à la retrouver... Rappelons qu'en 1930 eurent lieu d'importantes manifestations commémoratives 100 ans après la conquète de l'Algérie et que de nombreux effets furent alors confectionnés pour les nombreux marins-figurants de ces manifestations. Si un de nos lecteurs retrouve une autre représentation ancienne de cette casquette ou a autre une idée que la nôtre, qu'il n'hésite pas à réagir sur ce blog...

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