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  • marine-maubec

Deux belles plaques de coiffure de marin de flottille, mais une nouvelle énigme...

Sont actuellement en vente sur un site spécialisé deux plaques de shako qui paraissent authentiques mais ne correspondent pas aux descriptions que l'on peut trouver ici ou là de ces coiffures. Il faut dire que le sujet est particulièrement complexe, car il n'existe aucune description réglementaire de ces plaques et les représentations d'époque des marins de la flottille sont inexistantes (ou peu nombreuses ?). Toute découverte sur ce sujet serait la bienvenue en réagissant à ce post, directement sur ce site, pas sur Facebook, SVP).

La première plaque est décrite comme une "plaque du 1er régiment de flottille, Consulat". Une objection : les marins des flottilles ne sont pas organisés en régiments avant 1806. Avant cette année-là, les marins des flottilles sont organisés très brièvement en équipages puis en bataillons en 1805, respectivement en juillet et août. Et avant la paix d'Amiens, sous le Consulat, l'organisation de la flottille, plus exactement de ses moyens matériels (embarcations), évoquait des divisions...

Quant au premier uniforme des marins de la flottille, il paraît défini en 1803. Cependant, ces marins sont alors dotés d'un "chapeau rond retroussé sur le côté et surmonté d'une ganse jaune attachée par un bouton semblable à celui du paletot". Nulle plaque sous le Consulat. Reste la piste de la plaque (ovale ?) lors de la définition de l'uniforme des marins en 1804 (floréal an XII) qui aurait pu inciter les marins de la flottille à se distinguer des autres marins ? Nous serions alors en présence d'une plaque de chapeau d'un marin du 1er bataillon (1805) ou du 1er régiment (1806 et 1807)...

La deuxième plaque est donnée pour une "plaque du 44e régiment de flottille modèle 1808, Premier Empire". Notons qu'il n'y a jamais eu de 44e régiment, mais un 44e bataillon, historiquement provenant d'un des régiments de flottille de 1806/07. Ce bataillon va servir dans l'armée du Rhin en 1809 (armement des petites embarcations permettant le franchissement des cours d'eau), puis en Espagne, et y deviendra équipage de flottille en 1810.

Toutes les sources consultées fixent la nature de la plaque du shako adopté en 1807 comme un losange en cuivre estampé d'une ancre... D'ailleurs les marins des flottilles sont souvent représentés par les illustrateurs (Job, Goichon, Boisselier,... qui peuvent naturellement se tromper, compte tenu de la faiblesse des sources à ce sujet et du caractère non contemporain de leurs dessins) avec un shako à plaque en losange.

On sait enfin que le type de plaque avec aigle couronné et les deux têtes de lion n'apparaît en principe dans la Grande Armée que sur le modèle de shako de 1812. Côtoyant fantassins et sapeurs, il est bien possible que les marins des flottilles aient alors choisi une plaque de shako analogue.

Notons enfin que le thème de l'écu estampé d'un numéro, le tout sur une ancre est adopté en 1807 pour les boutons des régiments de flottille.

Ces observations ne permettent pas de douter de l'authenticité de ces plaques, mais juste de corriger a minima les appellations / millésimes de ces beaux objets.

Pour en savoir plus sur les marins des flottilles, la lecture de notre ouvrage "Les marins français. 1789 - 1830. Étude du corps social et de ses uniformes" est naturellement recommandée !

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