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Deux gravures représentant des amiraux de l'Empire, qui ne sont pas exemptes de reproches

Voici deux gravures des années 1830 représentant des amiraux sous la Restauration, en haut le contre-amiral Pierre-Nicolas Rolland, en bas le contre-amiral Aimable-Gilles Troude, nous dit la légende. Elles sont issues des trois volumes Biographie maritime – Notices historiques sur la vie et les campagnes des marins célèbres français et étrangers d'Hennequin.

Elles sont la claire illustration du défaut de précision de ces oeuvres au plan de l'uniforme. Si l'expérience montre qu'il faut être prudent s'agissant de la description des uniformes représentés sur les portraits peints à l'huile (l'artiste est toujours tenté d'ajouter des attributs ; l'intéressé est quant à lui friand de modifications postérieures, en particulier en matière de décorations, surtout pendant la Restauration), elle commande encore plus de circonspection s'agissant de la représentation des uniformes sur des gravures qui sont réalisées à l'insu des intéressés ou après leur décès.

Rolland est né en 1761 ; il meurt en 1825. D'abord officier auxiliaire, ayant participé à la guerre d'Indépendance américaine, il gravit tous les échelons jusqu'au grade de contre-amiral après s'être distingué au commandement du vaisseau de 74 canons Romulus, bâtiment accueillant le 26e équipage de haut-bord, le 13 février 1814 au large de Toulon. Outre cette promotion en grade, cette action lui vaut d'être promu commandeur de la Légion d'honneur et de recevoir le titre de baron d'Empire. Bien que non conservé dans la marine royale à la Restauration – il est placé en retraite le 1er janvier 1816 –, il est fait chevalier de Saint-Louis.

Il est bizarrement représenté avec un double rang de broderie au collet, ornement réservé aux vice-amiraux. Le corps de ses épaulettes, lesquelles comportent bien les deux étoiles du grade, mériterait d'apparaître brodées...

Troude est un contemporain de Rolland, né en 1762 et mort en 1824. Lui aussi combat les Anglais pendant la guerre d'Indépendance américaine. Après quelques années dans la marine marchande, il intègre la marine de l'Etat en 1793 et y gravit les échelons. En juillet 1801, alors commandant du Formidable, il est particulièrement distingué lors d'un combat devant Cadix, ce qui lui vaut une promotion au grade de capitaine de vaisseau. A Paris, présenté à Bonaparte par le ministre Decrès, le Premier Consul le serre dans ses bras et, le désignant à son état-major, déclare "Messieurs, je vous présente l'Horace français, le brave capitaine Troude". Lors d'une visite à Cherbourg le 27 mai 1811, alors que Troude y commande un vaisseau, Napoléon le promeut contre-amiral lorsqu'il le reconnaît en montant à bord. Troude était officier de la Légion d'honneur et son nom est gravé sur l'Arc de Triomphe. En 1814, il est désigné pour ramener d'Angleterre Louis XVIII, mais ce dernier préfère un vaisseau anglais pour son retour en France. Le Roi le fait cependant chevalier de Saint-Louis. Pour autant Troude part également à la retraite le 1er janvier 1816.

Les broderies au collet de Troude sont bien conformes (simple rang). En revanche, on ne comprend pas pourquoi ses épaulettes portent les trois étoiles du grade de vice-amiral...

Comme quoi il faut rester circonspect, même en présence de représentations d'époque.

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