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Deux lieutenants de vaisseau très différents à quelques années (ou mois) d'intervalle

Voici trois photos de lieutenant de vaisseau ; quelques années séparent les deux premières et la troisième.

La première et la deuxième sont celles d’un dandy insouciant au cours de la décennie 1860, époque heureuse où la France se pense toute puissante ; la troisième est celle d’un officier confronté aux dures réalités d’un conflit que la France va perdre en dépit des efforts du Gouvernement de la Défense nationale.

Le premier lieutenant de vaisseau, pris en photo à Paris, est en petite tenue avec épaulettes et aiguillettes, ce qui signe l’appartenance à un état-major dirigé par une haute autorité. A la fin du Second Empire, le port des épaulettes sur la redingote n’est prévu que pour les officiers en état-major ; ce sera le cas jusqu’en 1876. La cuve de casquette porte l’ancre couronnée.

Sur la deuxième photo, l’officier porte manifestement la pantalon à bande or avec sa redingote, ce qui n’est nullement prévu par le règlement (de 1923 à 1931, ce port sera possible pour les officiers attachés à l’état-major particulier du ministre).

Le second lieutenant de vaisseau est pris en photo dans un studio de Bourges. En petite tenue lui aussi, il s’est équipé comme il pouvait pour le combat à terre, et il fait froid en cette fin d’automne 1870 : la couverture roulée en bandoulière et la ceinture de laine autour de la taille où il a placé son revolver Lefaucheux modèle 1858. La cuve de la casquette a perdu sa couronne, en principe depuis le 10 octobre, date où le Gouvernement a décidé de l’enlèvement des emblèmes impériaux.

Un peu d’histoire :

Dès début septembre, le gouvernement de la Défense nationale demande à la marine de désarmer un certain nombre de navires (placement en réserve de 4 corvettes cuirassée, 13 béliers ou batteries cuirassée, 3 frégates ou corvettes à hélice, 12 avisos ou bâtiments de flottille et plusieurs transports) pour créer des unités de marche dans les ports de Brest, Cherbourg et Toulon avec la ressource humaine ainsi dégagée.

Les IIIe et IVe bataillons de Brest sont envoyés à l’armée de la Loire et la rejoignent le 31 octobre à Bourges ; le Ve est envoyé au Mans le 23 novembre.

Le IVe bataillon de Toulon est prêt à rejoindre l’armée de la Loire le 3 novembre, le Ve le 17.

Enfin, le IVe bataillon de Cherbourg part pour Le Mans le 23 novembre et va aussi faire partie de l’armée de la Loire.

Au bilan, l’armée de la Loire recevra le renfort d’un bataillon de Cherbourg, de trois bataillons de Brest, de deux bataillons de Toulon et d’une compagnie de Lorient, soit 109 officiers et 5878 hommes !

Notre deuxième lieutenant de vaisseau est vraisemblablement originaire de Brest et fait partie des au plus quatorze lieutenants de vaisseau qui ont été envoyés à Bourges par ce port (deux officiers adjoints aux commandants des deux bataillons et douze officiers capitaines de compagnie, chaque bataillon ayant six compagnies, sachant que ces compagnies ont parfois été commandées par des enseignes de vaisseau).

Photos de la collection soldaademohler.fr

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