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  • marine-maubec

Les alliances se font et se défont... A l'époque lointaine de l'amitié franco-russe.

Une fois n'est pas coutume. Les tragiques événements qui se déroulent actuellement à l'Est de l'Europe, cette terrible agression russe qu'il faut condamner de la manière la plus ferme, sont là pour nous rappeler que rien n'est jamais acquis entre les nations. A la convergence d'intérêt d'une époque peut succéder, quelques dizaines d'années plus tard (et parfois bien moins), une opposition franche qui aboutit ou non à une confrontation armée.

Nous avons trouvé plusieurs photos qui illustrent l'amitié entre marins russes et marins français à la fin du XIXe siècle. A l'époque, il s'agissait de s'allier contre les empires d'Allemagne et d'Autriche-Hongrie. Le processus diplomatique aboutit à une première escale d'une escadre française à Kronstadt en 1891 puis, en retour, à l'escale d'une force navale russe à Toulon en 1893, particulièrement bien accueillie. Cette escadre était commandée par l'amiral Avellan (photo ci-dessous, à droite).

Nous voyons en haut à gauche des matelots russes et français attablés à Hyères pour un banquet qu'on imagine bien arrosé (en bas à droite, des marins français et russes – certains ont fait le déplacement jusqu'à Paris – participent à un banquet commun au Jardin d'Acclimatation). Les uniformes des matelots des deux nations sont très proches : chemise (vareuse) en molleton, col bleu, bonnet (dont le ruban n'est plus à bouts flottants depuis 1891 pour les marins français). Principale différence : pas de houppette (pompon) rouge pour les Russes ; cet accessoire reste le symbole du matelot français. Autre différence : l'escale de Toulon est sans doute teintée d'exotisme pour les Russes car, alors qu'on est à la mi-octobre, ils portent la coiffe blanche. Les marins français ont reçu la coiffe blanche pour leur bonnet en 1878, mais "l'hiver réglementaire" ayant sans doute été décrété par le Préfet maritime depuis une dizaine de jours, c'est la coiffe bleue qui est de mise.

Les chantiers de la Seyne construisirent plusieurs bâtiments de combat russes jusqu'à la Première Guerre mondiale, ce qui donna l'occasion à de nombreux officiers de marine russes de sympathiser avec leurs homologues français de Toulon. On dénombre trois bâtiments : le Cesarewitch à partir de 1899, le Bayan à partir de la même année, l'Amiral Makarov à partir de 1905. Voici une photographie que nous apprécions particulièrement, car elle montre l'amitié d'une époque révolue entre marins et épouses aux toilettes plus ou moins recherchées.

Sur ce cliché pris au début du XXe siècle, les Français sont en tenue n°5, définie en 1891, avec casquette et redingote à col fermé. On peut constater que la redingote des Russes est à col ouvert ; elle fait plus chic (c'est Georges Leygues qui décidera de changer la coupe de la redingote des officiers français en 1926) et porte des pattes d'épaule.

Nous ignorons à quelle occasion cette photo a pu être prise, mais il doit être possible de trouver cette date, car il y a un intrus : à droite s'est glissé un officier supérieur espagnol. En effet, les chantiers de La Seyne ont réalisé à cette époque la refonte de la frégate cuirassée à batterie centrale Vittoria.


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