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Les marins à terre pendant la guerre de 1870

Aujourd'hui nous commentons un dessin d'Alphonse Lalauze (1872-1941), intitulé "Hiver, évacuation d'un blessé par des soldats d'infanterie et un marin", récemment mis en vente aux enchères.

Ce dessin montre d'une part la fraternité d'arme entre fantassins et autres soldats de l'armée, marsouins et marins au cours de "l'année terrible" qu'est 1870 – rappelons que les marsouins et bigors relevaient du ministère de la Marine jusqu'en 1900 –, d'autre part la participation effective des marins au conflit à terre, alors qu'on a trop souvent résumé la participation du ministère de la Marine à l'épisode de Bazeilles... Et pourtant 28156 marins furent mis à la disposition du ministère de la Guerre du Gouvernement de la Défense nationale pendant les presque six mois et demi de conflit, selon les chiffres rapportés dans "La guerre de 1870-71. La défense nationale en Province. Mesures générales d’organisation. Librairie militaire R. Chapelot et Cie. 1911", étude publiée à la demande de la Guerre quarante ans après. C'est pour faire justice au sacrifice des marins, trop souvent ignoré dans les années qui suivirent au cours desquelles la marine fut "sacrifiée sur l'autel de la Patrie", que nous avons entrepris de leur consacrer un ouvrage en cours de recherche et rédaction. Le sujet est passionnant !

Le marin de ce dessin est assez bien représenté, à quelques détails près. Armé de son Chassepot, il a dû revêtir une peau de mouton pour se protéger du froid, l'hiver 1870-71 ayant été paraît-il très rigoureux. Cependant, le bonnet ne paraît pas conforme au modèle alors en vigueur, défini en 1858. Certes, le noir et blanc ne permet guère d'y voir les deux bandes rouges sur le tour de la cuve, mais l'artiste donne à ce bonnet une jugulaire alors qu'il n'y en pas à l'époque – il ne devrait y en avoir une, en cuir et "rangée" à l'intérieur de la coiffure, quand elle n'est pas sous le menton, qu'à partir de 1872 ou 1873. De toute évidence, notre matelot, qui n'est pas forcément fusilier – là aussi, on constate de nombreux raccourcis dans la mémoire populaire, car toutes les spécialités contribuèrent aux opérations dans les différentes armées ou à partir des forts protégeant la capitale –, ne porte pas le paletot de 1858, inapproprié dans cette situation, mais probablement le caban (un peu court ?) par dessus la chemise en molleton bleu, qui ne s'appellera vareuse qu'en 1911.

Ce dessin est à comparer avec le mannequin de matelot reconstitué par les grands collectionneurs Raoul et Jean Brunon, dont la présentation ne laisse pas indifférent non plus...

Pour le bonnet porté en 1870, mieux vaut donner plus de crédit à celui de la collection du Conservatoire des uniformes de la marine de Toulon !


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