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Les opérations navales en Méditerranée occidentale en 1870–1871

Quand sont évoquées les opérations navales conduites par la marine impériale, puis la marine du Gouvernement de la Défense nationale en 1870 et 1871, est à peine cité le combat du Bouvet contre le Meteor au large de La Havane ; jamais ne le sont les opérations de blocus ou de surveillance maritime destinées à empêcher notamment le commerce par voie de mer de la Confédération de l'Allemagne du Nord et à interdire toute action de sa marine de guerre contre le commerce français. A cet égard, le théâtre méditerranéen fait encore plus l'objet du relatif dédain des historiens. Sans doute pour cause...

Pourtant, il s'y passa des choses, certes peu spectaculaires, mais néanmoins essentielles, à l'image des transports de renforts de l'Algérie vers la métropole. La marine dut en effet s'acquitter de cette mission de protection et de transport peu glorieuse, comme elle le ferait en 1914 puis en 1939. En 1870, aux troupes provenant d'Afrique du Nord s'ajoutèrent le régiment de Corse à transporter vers le continent et le corps d'occupation français de Rome à rapatrier.

Ce dernier comportait 4 700 hommes, 750 chevaux et mulets et 42 bouches à feu, qui assuraient, avec les 13 000 hommes de l'armée romaine, la souveraineté du pape Pie IX sur les États de l'Église. Ce transport requit les paquebots de la compagnie Valery de Marseille et quatre bâtiments de la marine impériale.

La marine eut également à maintenir une patrouille en mer d'Alboran, à proximité de Gibraltar, dans l'espoir de se saisir de quelques navires de commerce allemands, et à croiser le long des côtes algériennes. La pacification de l'Algérie restait encore imparfaite et on craignit, comme cela se passa quatre-vingt-dix ans plus tard, que des armes n'y soient introduites par voie de mer au profit de rebelles et de tribus promptes à s'enflammer contre la souveraineté française.

Parmi les officiers de marine dont l'action en Algérie fut notable au cours de cette période difficile figure le contre-amiral Fabre la Maurelle, commandant la marine en Algérie. Fort de son expérience de major général à Toulon pendant la campagne du Mexique, il organisa d'une main de maître les différents transports qui s'échelonnèrent de juillet 1870 (renforcement des armées du Nord-Est de la France) à janvier 1871 (recomplètement – on racla les fonds de tiroir – des armées de province du Gouvernement de la Défense nationale après les défaites des armées impériales). Le bilan de cette mission de transport assurée par des compagnies de navigation privées au mois de juillet 1870 et par la marine pendant toute la guerre s’établit à 78 500 soldats et 9 700 chevaux et mulets.

Voici Fabre la Maurelle posant chez le photographe en petit uniforme de 1853 (habit brodé au collet, aux parements et dans le dos ; épaulettes du grade ; pantalon à bande or de 45 mm de largeur ; ceinture de commandement ; épée portée par un baudrier placé sous l'habit ; chapeau à plume noire).

Ci-dessous se trouvent les photographies des trois autres amiraux dont l'action eut pour théâtre la Méditerranée occidentale en 1870 et 1871 : le vice-amiral La Grandière à gauche, le contre-amiral Didelot sur les deux du milieu, et le vice-amiral Jurien de la Gravière à droite. Ces trois officiers généraux sont également en petit uniforme de 1853.

La Grandière fut préfet maritime à Toulon durant le conflit pendant seulement quelques semaines. Didelot commanda la division cuirassée de Méditerranée qui fut chargée à partir d'août 1870 de patrouiller le long des côtes d'Afrique du Nord, des côtes algériennes aux côtes tunisiennes, puisque l'escadre d'évolutions basée à Toulon avait été appelée à opérer dans l'Océan. Le gouvernement craignait des rébellions et des désordres en Algérie, ainsi que des actions de soutien des deux voisins à d'éventuels mouvements (en gage de bonne foi, le bey de Tunis expulsa deux agents prussiens). Cette division dut également soutenir les autorités en Algérie lorsque s'installa une réelle défiance des colons envers celles-ci après les défaites répétées de l'armée française, comme le gouvernement en connut une à Paris – elle déboucha sur la Commune – et dans d'autres grandes villes.

La patrouille en mer d'Alboran et le long des côtes marocaines jusqu'en Atlantique fut quant à elle assurée par une division légère aux ordres du capitaine de vaisseau Foullioy dont nous n'avons pas trouvé de portrait. Il était en effet nécessaire de s’assurer du maintien de l’influence française au Maroc et de prévenir tout trouble à la frontière algéro-marocaine. Car si la cour de Fez restait bien disposée à l’égard de la France, des agents étrangers et la presse anglaise alimentée par la Prusse n’avaient de cesse que de la dévaloriser et de projeter de fomenter des troubles à cette frontière. Cette division fut maintenue dans la région jusqu'à la fin de la guerre.

La division cuirassée de Méditerranée fut quant à elle dissoute dans le courant d'octobre ; le contre-amiral Didelot succéda alors au vice-amiral de la Grandière comme préfet maritime. Sa division fut remplacée par une nouvelle escadre d'évolutions dont le ministre décida la création peu après, les bâtiments de l'ancienne étant destinés à opérer durablement en Atlantique, en Manche et en mer du Nord. Le vice-amiral Jurien de la Gravière, ancien aide-de-camp de Napoléon III, prit le commandement de cette escadre, qui cessa les patrouilles le long des côtes algériennes, au grand regret de Fabre la Maurelle. Ce dernier ne disposait plus que de quelques stationnaires sans grande valeur militaire pour assurer cette mission.

Ces opérations, comme toutes celles réalisées en mer par la Marine et à terre par les marins pendant la guerre de 1870, seront détaillées dans notre prochain ouvrage.

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