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Miasmes délétères : "Le choléra à bord de la Melpomène" en 1833

Ce tableau d'Horace Vernet (1789 - 1863) fut commandé à ce dernier par l'Intendance sanitaire de Marseille à la fin de 1833, alors que le peintre séjournait à Rome. Réalisé en 1834, il vint compléter en 1835 une collections de tableaux sur les épidémies, installés dans la sal­le du Conseil de l’Inten­dance sa­nitaire, au bâti­ment de la Consi­gne, sur le quai du port.

La Melpomène était une frégate du type Indépendante ; elle était entrée en service en 1828. Elle eut une vie opérationnelle très courte. Après l'expédition d'Alger en 1830, elle fut brièvement désarmée à Brest en 1831, puis participa au forcement des passes du Tage au sein de la division commandée par le contre-amiral Roussin. Elle fut désarmée en 1833 à Toulon pour ne plus être réarmée. Est-ce à la suite de l'épidémie de choléra qui l'affecta ? Très probablement.

En 1833, alors que la frégate faisait route vers Alger depuis Brest, elle fit escale pendant trois mois à Lisbonne, ville frappée alors par le choléra. 18 marins en moururent à bord, après être allés à terre pour y acheter des approvisionnements. La Melpomène quitta le port portugais le 3 juillet y laissant 45 malades à l’hôpital. Lors de la traversée entre Lisbonne et Toulon, 59 nouveaux cas et 7 décès furent déclarés. 

Arrivé à Toulon, le bâtiment fut dirigé vers le lazaret de Saint-Man­drier pour une quarantaine. La Melpomène y déposa le 12 juillet 50 marins mourants tandis que l'ensemble de l'équipage resta confiné pendant 67 jours.

Pour sa désinfection, la décision fut prise par le Conseil de santé de couler la frégate, par mesure prophylactique, avant de la remettre à flot avec lavage à l’eau douce et blanchiment à la chaux.

Dans ce tableau, un forçat tire un cadavre de la cale. Derrière lui, un homme est allongé, déjà mort probablement. Un fourrier tient ses écritures sur un canon. Un matelot – non le commandant de la frégate, ainsi que le prétendent certaines sources – soutient un jeune mousse qui fait pâle figure devant le chirurgien du bord qui l'examine et lui révèle sans doute qu'il est lui aussi infecté. La bat­terie de la Melpomène est deve­nue infir­merie, la cale chambre mortuaire...

L'officier de santé est le chirurgien de 1re classe Mathieu Guilbert. Il est ici vêtu du grand uniforme (sans chapeau) défini en 1823. Son habit est brodé au collet et aux parements qui sont en velours cramoisi – à cette époque, les médecins sont distingués par le velours noir.

Le matelot porte quant à lui la petite tenue de 1832, avec paletot bleu, pantalon en toile blanche, cravate en coton rouge et casquette, en principe à double visière, dont le bandeau est orné de carrés bleus et rouges alternativement. Nous ne pouvons nous empêcher de faire le rapprochement avec la casquette de mécanicien présentée récemment : sur ce tableau, la jugulaire de la casquette semble être une gourmette en cuivre, en non des mentonnières en peau de veau noire terminées par des rubans comme le spécifie le règlement... Quant au mousse, il porte la tenue de travail légère composée de la chemise blanche à col bleu et du pantalon de toile blanche. Enfin, le fourrier de 3e classe – grade assimilé au matelot breveté –, vêtu de la petite tenue avec paletot et pantalon en drap bleu, se distingue par son galon à lézarde sur le haut du bras. Nous notons qu'il est coiffé du chapeau de paille, qui n'a été rendu réglementaire qu'en 1835.

Ci-dessous figure un médecin de 1re classe sous la Restauration (collection du MnM) et une "étude", sur papier marouflé sur toile, du tableau définitif de Vernet.

1825... 1835, une période charnière parfaitement décrite dans nos trois ouvrages sur les marins français. Le troisième est encore disponible.

Merci à notre confrère de La Sabretache Yves Martin pour les photographies de ces tableaux actuellement visibles au château de Versailles à l'occasion de l'exposition consacrée à Horace Vernet.

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