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Un élève commissaire (ou commissaire de 3e classe ?) disparu lors du torpillage du Léon Gambetta en 1915

Nous consacrons ce billet à un jeune élève commissaire – ce n'est qu'à partir de 1929 qu'on parlera d'aspirants du commissariat –, Émile Marin Marie Bunoust, mort à bord du croiseur-cuirassé Léon Gambetta dans la nuit du 26 au 27 avril 1915, après le torpillage de celui-ci à l'entrée du canal d'Otrante par le sous-marin autrichien U 5 du capitaine de corvette von Trapp.

Émile Bunoust était né le 25 juin 1891 à Laon dans l'Aisne.

Ce cliché est chargé d'émotion, car le jeune Bunoust s'y fait prendre en photo à Malte, lors d'une escale sur le théâtre où devait se dérouler le drame de la nuit du 27 avril.

Le Léon-Gambetta était un croiseur cuirassé du type Victor Hugo mis en service en 1903. De 12 550 tonnes de déplacement, il était armé de 4 pièces de 194 mm et de 16 pièces de 164 mm. Sa vitesse maximale était de 22 noeuds. Il faisait partie de la 2e escadre légère. Le sous-marin U 5 quant à lui ne déplaçait que 240 tonnes en surface...

(photo BNF / Gallica)

Après des études de droit (licence), Bunoust réussit le concours d'admission à l'École du Commissariat de la Marine en septembre 1913. Après son année de service, il rallia cette école, installée à Brest, pour en principe une scolarité de deux années. C'est à l'issue d'un examen passé après ces deux années que les jeunes élèves commissaires étaient en principe promus commissaires de 3e classe. Mais Bunoust n'en eut pas le temps et fut mis à la disposition du service général plus rapidement que prévu et embarqua à bord du Léon Gambetta.

La déclaration de guerre perturba en effet le cycle d'instruction de ces futurs officiers. Un décret du 12 août 1914 dérogea au décret du 23 avril 1910 fixant la durée de la scolarité et les conditions de promotion aux grades de commissaire de 3e classe. Pour ceux qui étaient en train de rallier l'Ecole de commissariat après une première année dans la marine comme Bunoust, cette promotion interviendrait le 5 octobre suivant sans subir aucun examen, soit un an plus tôt qu'habituellement en temps de paix et sans contrôle des connaissances.

Sur les deux photos ci-dessous à gauche, Émile Bunoust est vêtu de l'uniforme de matelot, comme l'étaient alors les élèves de première année de École navale ("matelot de 3e classe sans spécialité !"), tous étant considérés comme faisant alors leur année de service. Sur la photo à droite, signe d'un début de réussite dans la marine (à moins que cela eût une autre signification ?), il arbore un galon de fourrier. Son bonnet porte le ruban légendé de la 2e compagnie du dépôt des équipages de Brest, l'École du Commissariat n'ayant probablement pas de ruban légendé spécifique – l'École navale n'aurait le sien propre qu'en 1916, à son installation à Laninon, et l'École du Commissariat de la Marine probablement qu'en 1922).

Après un an de présence dans la marine, les élèves commissaires pouvaient revêtir le veston bleu avec au bas des manches le galon sabordé bordé de velours brun loutre.

Si ce jeune élève commissaire dut être promu commissaire de 3e classe le 5 octobre 1914, la première photo de ce billet, prise à Malte, semble indiquer qu'il avait embarqué avant cette promotion. Elle aurait donc été prise en août ou septembre 1914...

La famille Bunoust fut durement éprouvée au cours des années 1914 et 1915. Le père d'Émile trouva la mort de maladie à la tête de la 90e division d'infanterie territoriale le 19 août 1914.

Cette attaque sous-marine fit 684 morts, sur 821 hommes embarqués. Parmi les disparus figura le contre-amiral Sénès, commandant la 2e escadre légère.

Les Italiens retrouvèrent le corps d'Émile Bunoust qui fut d'abord inhumé à Castrigano Del Capo, avant d'être rapatrié dans le caveau familial à Amiens.

Nous remercions Adrien Proal pour la mise à disposition de ces photos.

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