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Le capitaine de frégate Coudein sous l'Empire, père du "commandant" du radeau de La Méduse...

La galerie L'Espadon (Village suisse à Paris), qui vend ce portrait, indique qu'il s'agit du Capitaine de Vaisseau Jean Daniel Coudein (1759-1822), peint entre 1804 et 1808.

Pourtant cet officier de marine n'est pas capitaine de vaisseau, mais capitaine de frégate avec sur son habit de grand uniforme les sept boutonnières brodées (on n'en voit ici que cinq, mais ce qui compte c'est la boutonnière manquante entre le groupe supérieur de deux boutonnières et le groupe intermédiaire de trois) et avec son épaulette à grosses torsades à gauche et sa contre-épaulette à droite. Cet uniforme est conforme à celui adopté le 7 prairial an XII (27 mai 1804).

Voici quelques éléments sur cet officier de marine que nous avons pu extraire de l'important fonds d'archives constitué pour la rédaction de notre troisième ouvrage sur "Les marins français. 1789 - 1830. Étude du corps social et de ses uniformes".

Coudein paraît être un pur produit de la marine de la Révolution. En effet, il n'apparaît pas dans la liste des officiers choisis le 15 mai 1791 par le Roi pour servir dans sa marine. L'Etat de la Marine de 1802 nous éclaire un peu sur son parcours : il y figure comme capitaine de frégate depuis le 1er germinal an IV (ce que confirme la liste des officiers en activité de service à compter de cette date en vertu de la loi du 3 brumaire précédent, relative à l'organisation de la marine militaire); il sert alors à Rochefort. Rappelons que la loi de brumaire an IV était destinée à fixer des règles pour les promotions aux différents grades d'officier, après la période troublée des années I à III au cours de laquelle de nombreux officiers avaient émigré ou avaient été destitués. La Convention se vit d'ailleurs contrainte de réquisitionner tous les marins ayant servi comme officiers sur les navires de commerce pour renforcer son corps d'officiers de marine. C'est peut être à l'occasion de cette réquisition que Coudein entra dans la marine comme officier, puis y fut promu rapidement...

L'Etat de la Marine de 1804 le mentionne comme chevalier de la Légion d'honneur. La base Leonore nous confirme qu'il fut reçu dans l'ordre en rade de Boulogne le 14 thermidor an XII (2 août 1804), servant probablement dans la flottille.

L'Etat de la Marine de 1813, dernier établi sous l'Empire, indique que Coudein est capitaine de vaisseau (promu le 12 juillet 1808), officier de la Légion d'honneur (nous ne sommes pas parvenu à trouver la date de sa promotion dans l'ordre), et qu'il commande le 36e équipage de haut-bord. La répartition des équipages de haut-bord et de flottille de 1811 nous permet d'affirmer que cet équipage arme le vaisseau de 74 canons Le Dalmate, basé à Anvers.

On ne trouve plus cet officier dans l'Etat de la Marine de 1816. La Restauration a donc mis fin à sa carrière militaire, comme à de nombreux officiers, désormais en demi-solde...

Le portrait du capitaine de frégate Coudein a donc bien été peint entre le 27 mai 1804 et le 12 juillet 1808.

Le nom de Coudein est plus connu comme étant associé au drame du naufrage de La Méduse en 1816 ; c'est ce que donne une recherche sur Google... L'élève de 1re classe Coudein, prénommé lui aussi Jean-Daniel, du fait des circonstances s'est en effet retrouvé "commandant" du célèbre radeau. Intrigué par ce prénom identique, nous avons conduit une nouvelle recherche sur Leonore et avons découvert dans les états de service de cet officier que, mousse en 1803, il se trouvait à bord du Dalmate en 1810-1811, en tant qu'aspirant de 1re classe. Ainsi, ce jeune homme semble avoir embarqué sur le vaisseau de son père... Il termina sa carrière comme capitaine de vaisseau et mourut en 1857.

On peut imaginer que Coudein père, s'il était encore de ce monde en 1816, a nourri de vifs ressentiments à l'égard du nouveau régime : non seulement ce dernier l'avait écarté de la liste des cadres maintenus en service, mais il avait par ailleurs rappelé au commandement de bâtiments des officiers émigrés, pour certains incapables car peu expérimentés, n'ayant pas navigué depuis plus de 20 ans, ce qui fut une des causes de la tragédie qu'eut à vivre son fils...

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