1845. Le très rare portrait d'un premier maître mécanicien
- marine-maubec
- 3 mars
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Dernière mise à jour : 8 mars
Ce portrait fera partie d'une prochaine vente aux enchères prestigieuse. Comme souvent son identification ne donne pas satisfaction. Il est vrai que les représentations de ce type de marin de la monarchie de Juillet sont rares ; celle-là est même exceptionnelle et vaut bien ce billet que les connaisseurs apprécieront.

Observons bien ce portrait. Au collet se trouvent des ancres brodées, ce qui incite à penser que l'intéressé, français au vu de sa croix de chevalier de la Légion d'honneur à la couronne, relève du ministère de la Marine. Il ne s'agit pas d'un officier car s'il était de marine il porterait des épaulettes et s'il était d'un corps assimilé son habit comporterait des broderies sur une étoffe distinctive. Alors ? Son collet comporte trois galons or. Ces galons sont, sous la monarchie de Juillet, la marque de la spécialité des officiers mariniers mécaniciens. Remarquons qu'en arrière-plan est représenté opportunément un bâtiment à vapeur propulsé par des roues à aubes.
Rappelons l'histoire de ces spécialistes.
L’ordonnance du 30 mai 1831 créa une compagnie d’ouvriers marins pour le service des bâtiments à vapeur. Du fait du service requis par la liaison entre la France et l’Algérie, cette compagnie fut créée à Toulon, port base de l’essentiel des bâtiments à vapeur alors en service au sein de la Marine royale. La Marine n’avait pas attendu ce texte pour embarquer le personnel nécessaire à la mise en œuvre des machines, mais jusqu’alors ces spécialistes étaient recrutés ponctuellement parmi les ouvriers des arsenaux qui n’étaient pas astreints à contracter un enrôlement. L’ordonnance de 1831 constitua donc l’acte de naissance des spécialités embarquées relatives à la mécanique.
La compagnie d’ouvriers fut remplacée par le corps de ouvriers mécaniciens et chauffeurs le 24 mai 1840, composé de maîtres mécaniciens de 1re et de 2e classe, de seconds maîtres mécaniciens de 1re et de 2e classe, d’aides-mécaniciens de 1re et de 2e classe et de chauffeurs de 1re et de 2e classe. Les mécaniciens et chauffeurs étaient recrutés parmi les ouvriers en métaux, les mécaniciens passant un examen pour accéder au grade d’aide-mécanicien de 2e classe et les chauffeurs étant recrutés dans la division des équipages de ligne. En 1840, tout navire disposant d’une machine d’une puissance supérieure à 80 chevaux embarquait un maître mécanicien, un second maître mécanicien, 2 aides-mécaniciens et 9 chauffeurs.
Sur le plan de l'uniforme, celui des mécaniciens restait identique à celui des officiers mariniers et marins des grades correspondants dans les équipages de ligne, à quelques exceptions toutefois :
La patte au collet de l’habit des premiers maîtres et maîtres et du paletot des seconds maîtres, quartiers-maîtres et matelots, en drap rouge, était remplacée pour les contremaîtres mécaniciens, aides mécaniciens et ouvriers chauffeurs par une patte en velours noir ;
Les habits des maîtres et premiers maîtres mécaniciens étaient à basques sans retroussis (imitant une disposition adoptée pour l’habit des officiers des corps assimilés). Les premiers maîtres mécaniciens portaient par ailleurs l’épée et non le sabre.
Les marques distinctives de grade étaient les suivantes :
Premier maître mécanicien : au collet, un galon en or de 2 cm de largeur surmontant deux galons en or de 1 cm de largeur, espacés de 2 mm, et une ancre brodée en or ;
Maître mécanicien : au collet, un galon en or de 2 cm de largeur surmontant un galon en or de 1 cm de largeur espacés de 2 mm, et une ancre brodée en or ;
Contremaître mécanicien : au collet, un galon en or de 2 cm et une ancre brodée en or ;
Aide-mécanicien : au collet, une ancre brodée en soie jaune ;
Ouvrier chauffeur : au collet, une ancre brodée en soie jaune.
Même si la largeur des différents galons au collet n'est pas ici respectée, les trois galons nous amènent logiquement à l'identification d'un premier maître mécanicien.
Voici comment Valmont, qui les a côtoyés, représentait les mécaniciens entre 1840 et 1848 – rappelons qu'il commandait la corvette à roues Euphrate en 1840..

De gauche à droite : premier maître mécanicien, maître mécanicien, ouvrier chauffeur.
Si ce portrait vous tentait, il a été adjugé 350 € (plus frais) à Versailles le 8 mars 2026.





La photo est falteuse, mais pour l'avoir vu à l'exposition, la toile est très sombre avec des repeints et le cadre, origine ?, pas en bon état. Dommage car interessant.
"les connaisseurs apprécieront". les amateurs apprécient également :). N'empêche que son épée ressemble à un sabre... tout comme celle du premier maître de Valmont d'ailleurs