1872. Les souvenirs d'un aumônier de la Marine bien décoré
- marine-maubec
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Dernière mise à jour : il y a 1 heure
Il n'est pas courant de voir passer ce type de souvenirs à l'occasion d'une vente aux enchères. D'abord parce les aumôniers de la Marine n'étaient pas si nombreux sous le Second Empire et au début de la Troisième République ; on en comptait dans les annuaires de la Marine et des Colonies 60 en 1856 et 58 en 1872. Ensuite parce que les décorations de cet aumônier, l'abbé Michel Marie Le Férec, témoignent d'un parcours exceptionnel au sein de la Marine, une carrière riche en embarquements et en accompagnement des marins lors d'opérations importantes. Le nombre conséquent de médailles vaut que l'on se penche sur la carrière de cet homme d'église.
Né en 1816, l'abbé Michel-Marie Le Férec entra tardivement au service le 3 mai 1854, bénéficiant sans doute d'un recrutement important motivé par la guerre de Crimée – en 1852, les aumôniers n'étaient que 13 dans la Marine. Il est étrange qu'il n'apparaisse pas dans l'annuaire de 1855, mais pour la première fois dans celui de 1856. Il était alors embarqué sur le vaisseau de 2e rang à hélice Navarin qui effectuait des transports de troupes et de matériel vers la mer Noire pendant la guerre de Crimée. En 1857, il embarqua sur le vaisseau à voiles transformé Austerlitz ; cette même année, il fut promu aumônier de 1re classe. On le retrouve en 1858 et 1859 comme aumônier au bagne de Brest. En 1860, il n'apparaît pas dans l'annuaire, mais il était embarqué en 1861 sur la frégate transformée en mixte La Bellone. Il fit la campagne du Mexique, en 1863 et 1864, sur la frégate à voiles transformée La Guerrière. Il semble avoir fait une pause en 1865, car on ne le retrouve pas dans l'annuaire, et il est sans affectation en 1866. En 1867, il rallia la frégate à hélice Minerve qui faisait partie de la division des mers de Chine et du Japon.
Avant de débarquer de la Minerve, qui revenait en France, il fut promu aumônier supérieur le 15 janvier 1870. En 1872 enfin, l'abbé Le Férec faisait partie de l'état-major de l'escadre d'évolutions embarqué sur la frégate cuirassée l'Océan. C'est à bord de ce bâtiment qu'il fut décoré par le chef d'état-major de l'escadre de la croix d'officier de la Légion d'honneur le 25 mars 1872, croix qu'il porte sur le cliché ci-dessous. Il prit manifestement sa retraite en 1875, se retira à Saint-Thégonnec et y décéda le 11 avril 1888.

L'abbé est ci-dessous photographié entre le 12 août 1862, date de sa nomination au grade de chevalier de la Légion d'honneur et le 10 octobre 1870, puisqu'il porte une croix du Second Empire. Malheureusement, on ne peut distinguer sa croix d'aumônier.

Et voici enfin l'ensemble des souvenirs qui constituent dans un cadre ce lot mis aux enchères.

Très beau, le lot (croix d'aumônier 1853, croix de la Légion d'honneur Second Empire et Troisième République, médailles commémoratives de Crimée et de Baltique, médaille commémorative d'Italie, médailles commémoratives du Mexique et médaille de sauvetage) intrigue cependant. Il comporte en effet plusieurs anomalies qui nous conduisent à conclure qu'il est composite.

Pourquoi cette médaille commémorative de l'expédition en Baltique et cette médaille de la campagne d'Italie, alors que l'abbé était en mer Noire pour la première et était affecté au bagne de Brest lors de la deuxième opération ? Pourquoi cette croix d'officier de la Légion d'honneur du Second Empire alors qu'il ne fut promu qu'en 1872 ? Enfin, pourquoi cette médaille de sauvetage britannique pour un événement qui de déroula en 1896, bien après son décès ? Le 16 juin 1896 eut lieu, dans le passage du Fromveur, le naufrage du vapeur anglais qui fit plus de 350 victimes que le canot de sauvetage d'Ouessant et les pêcheurs tentèrent de secourir.
Une réponse s'impose : dans cet ensemble existent des décorations de Michel-Marie Le Férec et celles d'une autre personne...
Il reste que le parcours de l'abbé Le Férec est intéressant, avec plus de 14 ans à la mer sur plus de 18 ans de service effectif, au service des âmes. Un abbé qui ne devait pas aimer la République, car le descriptif du lot indique que sur la première photo datant d'après 1872 il porte la croix d'aumônier 1853 (ancres couronnées), sans compter le mauvais montage du ruban à la rosette qui ne laisse pas voir la République, à moins qu'il s'agisse d'un mauvais remontage ultérieur...
Sur les aumôniers de la Marine, il est possible de se reporter à https://www.marins-traditions.fr/_files/ugd/c3f5ca_42f838bc15e943dc93c8db4cf54f35e6.pdf





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