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1786. Une inspection de l'arsenal par Fouqueray

  • marine-maubec
  • 23 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Nous avons consacré une courte chronique d'uniformologie maritime au peintre Charles Fouqueray (https://www.marins-traditions.fr/_files/ugd/c3f5ca_2fab9961b76940b2bb4e3af82dfb5f5a.pdf ) avant d'avoir découvert dernièrement ces deux dessins nous présentant des scènes d'arsenal. Ils sont issus de la collection iconographique de la bibliothèque du musée de l'Empéri. Nous allons brièvement les commenter, en particulier en nous appuyant sur ce que nous présentons dans notre ouvrage Les marins français. 1789 - 1830. Étude du corps social et de ses uniformes, dont il reste des exemplaires disponibles (https://www.marins-traditions.fr/les-marins-francais-1789-1830-etude-du-corps-social-et-de-ses-uniformes).

Le premier dessin représente des officiers de vaisseau. On imagine qu'un vice-amiral ou un contre-amiral est au centre, vêtu d'un manteau, bizarrement sans broderie or sur le pourtour, mais avec une rotonde et coiffé d'un tricorne dont les bords sont ornés d'une plume blanche. Le personnage à gauche et celui de droite pourraient être des capitaines de vaisseau en grand uniforme, aux boutonnières sommairement représentées. Celui de gauche pourrait être un officier de port (collet rabattu noir), à moins qu'il s'agisse d'un officier non attaché à une escadre (collet rabattu bleu-de-roi), mais on ne s'explique pas pourquoi les parements de son habit ne sont pas écarlates, couleur de mise pour les officiers de vaisseau de toute provenance ; celui de droite pourrait être issu de la 1re escadre (collet rabattu cramoisi). Nous sommes loin de la précision de Goichon...

S'agissant de la couleur du collet rabattu de l'habit, il convient de rappeler qu'à partir du 1er janvier 1786, elle était pour les officiers subalternes et supérieurs de vaisseau caractéristique de l'appartenance à une escadre. Ainsi, on trouvait à Brest les escadres suivantes: 1re (cramoisi), 2e (blanc), 3e (vert de Saxe), 4e (jaune citron), 5e (bleu de ciel) ; à Toulon étaient basées les 6e (orange) et 7e (violet) escadres ; Rochefort accueillait les 8e (chamois) et 9e (rose) escadres.

Au second plan à gauche semble se tenir un maître (pas d'épaulettes), mais potentiellement un trèfle sur l'épaule gauche que nous ne pouvons voir. Les spécialités la plus cohérentes avec l'activité industrielle d'un arsenal seraient celles de calfat ou de voilier.

En effet, rappelons les règles pour ces maîtres. Tous portaient un habit de drap bleu-de-roi avec des parements de même couleur – donc une incohérence ici avec ces parements écarlates – mais un collet du couleur de l'escadre d'appartenance. Les spécialités se distinguaient par la nature des accessoires portés ou non sur les épaules : les maîtres d'équipage portaient un trèfle en or sur l’épaule droite, les maîtres-pilotes un trèfle en or sur l’épaule gauche, les maîtres-charpentiers un trèfle en argent sur l’épaule droite, les maîtres-calfats un trèfle en argent sur l’épaule gauche ; enfin, les maîtres-voiliers ne portaient sur l’épaule aucune marque distinctive. Les canonniers ne sont pas oubliés car, relevant du corps des canonniers-matelots, ils disposaient d'un uniforme spécifique.

Le deuxième dessin nous présente des ingénieurs constructeurs (dénomination qui vit le jour en 1765), ancêtres des ingénieurs du génie maritime. Nous ignorons s'il existe un dessin au millésime 1786, année où ces officiers civils changèrent d'uniforme, comme les officiers de vaisseau. Nous commentons ces uniformes de 1765 (ordonnance du 25 mars, non du 18 comme l'indique sa légende, ici tronquée).

L'habit des ingénieurs-constructeurs était en drap gris-de-fer foncé, avec des parements et un collet de velours noir ; leur veste et leur culotte étaient en drap écarlate. L'officier de face est un ingénieur-constructeur en chef, le seul portant des boutonnières or tant sur l'habit que sur la veste. Le personnage de dos est également un ingénieurs-constructeur en chef, son habit étant orné de deux fois deux boutonnières dans le dos, à la taille.

Si le premier dessin présente des incohérences sur le plan de l'uniforme, saluons le second pour lequel Fouqueray a travaillé sans pouvoir s'inspirer d'autres illustrateurs, sauf sans doute de Valmont, qui commet d'ailleurs une erreur s'agissant des boutonnières dans le dos, car aucun ingénieur-constructeur n'en porta trois.

Mais Valmont reste décidément presque incontournable en l'absence de portraits peints par des artistes contemporains...

 
 
 

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