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1794. Le Vengeur du Peuple au combat de Prairial an II

marine-maubec
il y a 11 minutes
3 min de lecture

Vient d'être vendu aux enchères pour 25 000 € hors frais ce tableau peint par Louis Ambroise Garneray représentant les derniers instants du vaisseau Le Vengeur du Peuple (c'est-à-dire, dans cette période révolutionnaire, la guillotine !) lors du combat de Prairial an II.

Du 28 mai au 1er juin 1794 eut lieu l’une des plus importantes batailles navales de la Révolution. Un très important convoi de vivres devait être acheminé vers la France depuis les États-Unis, escorté par une division commandée par le contre-amiral Pierre Jean Van Stabel. L’armée navale de 25 vaisseaux du contre-amiral Louis Thomas Villaret de Joyeuse, venant de Brest, dans laquelle il avait été chargé par Jean-Bon-Saint-André de remettre de l’ordre après les événements de l’automne passé – le délégué de la Convention l’accompagnait à la mer –, avait été chargée de recueillir le convoi et de le protéger dans les approches françaises. Les équipages français étaient peu amarinés et entraînés, notamment les canonniers ; les officiers étaient peu nombreux à avoir navigué en formation de combat.

Le 28 mai, l’escadre anglaise de 25 vaisseaux placés sous le commandement du vice-amiral Richard Howe rencontra celle de Villaret de Joyeuse, secondé par le contre-amiral François Joseph Bouvet, qui commandait une escadre. La bataille commenca alors, mais les nuits interrompirent les combats. L’armée navale française fut renforcée par la division navale du contre-amiral Joseph-Marie Nielly et, le 1er juin, se déroula le principal engagement. A l’issue d’une manœuvre anglaise audacieuse mais imparfaite, le combat se transforma en gigantesque mêlée, sauf pour certains vaisseaux français dont les commandants ne firent manifestement pas leur devoir. La légende retiendrait en revanche le combat du Vengeur du Peuple, lequel coula après avoir résisté avec acharnement. Villaret de Joyeuse rentra à Brest avec 19 vaisseaux ; il en avait perdu 7, avait 5 000 hommes hors de combat, tandis que les pertes anglaises ne s’élevaient qu’à 1 150 hommes... Ce fut une défaite tactique française, mais l’événement s’était soldé par une relative réussite stratégique, d’ailleurs nullement due à l’action de Villaret, mais plutôt à la manœuvre de Van Stabel : son convoi était arrivé sauf à Brest.

Le Vengeur du Peuple, dans la mêlée, eut à se battre contre trois vaisseaux anglais, dont deux à trois ponts. En dépit d'une combativité et d'une résistance extraordinaires, il finit par sombrer, emportant dans les flots 456 marins, dont approximativement 250 avaient été tués ou blessés au cours du combat. Les 267 autres membres de l'équipage furent recueillis par les bâtiments anglais qui mirent à l'eau des chaloupes.

Voici ci-dessous un détail de ce tableau. Il nous montre les derniers combattants du vaisseau, sous les ordres d'un officier, en train de sombrer.

La vue ci-dessus ne permet guère de distinguer les uniformes, mais le personnage central est sans doute, reconnaissable au porte-voix, le commandant du vaisseau, le capitaine de vaisseau Renaudin, qui semble vêtu d'un habit bleu au collet écarlate. Or ce collet ne fut adopté que le 3 brumaire an IV (25 octobre 1795), soit après ce combat épique... En 1794, le collet devrait être blanc passepoiléde rouge, comme spécifié par le décret du 18 pluviôse an I (6 février 1793). Voir ci-dessous un capitaine de vaisseau de l'an I dessiné par Job et un chef de division et un capitaine de vaisseau de l'an IV dessinés par Valmont. Les autres militaires en uniformes pourraient être des canonniers du corps d'artillerie de marine créé le 14 juin 1792, comme les représente Valmont à droite ci-dessous, mais nous ne reconnaissons pas exactement leur uniforme. Rappelons qu'alors les marins des autres spécialités ne disposaient pas d'un uniforme.

Voici une autre représentation des derniers instants du Vengeur du Peuple. Elle est due au dessinateur Alfred Paris. Nous pouvons noter que contrairement à Garneray qui donna au vaisseau le pavillon tricolore, Paris lui attribua encore le pavillon adopté le 24 octobre 1790. Or, le 15 février 1794, le pavillon bleu-blanc-rouge avait été adopté par la Convention, en remplacement de celui de 1790... Garneray est donc plus dans la vérité, puisque Villaret de Joyeuse avait appareillé de Brest le 16 mai et avait donc sans doute pu approvisionner les nouveaux pavillons...

Un épisode épique des combats de la Marine de la jeune République...

 
 
 

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