1918. Le victorieux combat du chalutier Ailly contre le sous-marin UC 35
Ces photographies sont issues de l'édition du samedi 1er juin 1918 du magazine L'Illustration. Ce dernier célébrait le glorieux fait d'armes du chalutier Ailly, victorieux dans le combat qu'il engagea contre le sous-marin allemand UC-35 au large de la Sardaigne le 16 mai 1918.
Importante dès le début de la Grande Guerre, la question de la lutte anti-sous-marine devint centrale après le déclenchement par l’Allemagne d’une guerre sous-marine à outrance en février 1917. Le nombre de sous-marins allemands fut alors plus que multiplié par quatre, et les pertes subies en particulier par les bâtiments de commerce furent sévères face à la centaine de sous-marins qui les traquaient en 1917.
Lors de l’entrée en guerre des Américains en avril 1917, assurer la sécurité du lien transatlantique devint un enjeu vital. Avec plus d’un millier de petits bâtiments chasseurs de sous-marins et de chalutiers armés, assistés par plus de 1 200 avions et de nombreux dirigeables répartis le long des côtes françaises, la Marine assura une protection particulièrement efficace des convois partis des États-Unis, au moment où Brest devint le principal port d’arrivée en Europe des soldats américains. Cependant, en Méditerranée aussi, il fallut lutter contre les sous-marins allemands et autrichiens.
La lutte contre l'ennemi sous-marin était dirigée du côté français et au niveau central par la Direction générale de la Guerre sous-marine avec à sa tête le contre-amiral Salaün.
Mais revenons à l'exploit de l'Ailly, un chalutier réquisitionné à Dieppe, dont l'armement principal ne consistait qu'en une pièce de 75 mm.
Commandé par le premier maître Le Roux, le chalutier remorquait deux voiliers lorsqu'il fut attaqué par le sous-marin allemand qui le canonna à grande distance. Le Roux largua les remorques et évolua pour se rapprocher de l'agresseur en tirant avec son 75. Dès le premier coup il fit but. Plusieurs coups suivirent et touchèrent le massif et le pont du sous-marin. Un dernier coup fit sombrer l'UC-35 emportant avec lui son équipage, sauf 5 marins, dont le commandant, sans doute l'équipe de navigation en surface et l'équipe de mise en oeuvre des canons, qui furent recueillis par l'Ailly et ramenés prisonniers à Toulon.

Sur la photo ci-dessus posent le premier maître timonier Le Roux à droite (remarquer les chevrons de présence au front qui montrent qu'il avait beaucoup navigué au cours du conflit), commandant le chalutier, le premier maître manoeuvrier Caron (avec une casquette de mer au galon de taille réduite), son second et chef de quart au moment de l'attaque, et les servants de la pièce qui avaient fait un beau carton, dont le quartier-maître fusilier Tanguy.
Cet exploit devait naturellement être récompensé.
Quelques jours après son retour à Toulon, tous les membres de l'équipage reçurent la Croix de guerre des mains du vice-amiral Lacaze, commandant en chef et préfet maritime du 5e arrondissement. Le Roux, Caron et Tanguy furent distingués par une citation à l'ordre de l'armée.
Voici la citation du premier maître Le Roux : "Commandant de chalutier modèle, d'une magnifique ardeur et bravoure ; a su communiquer à son équipage l'esprit qui l'anime. Attaqué, pendant qu'il remorquait deux voiliers par un sous-marin plus puissamment armé que l'Ailly, n'a pas hésité à filer ses remorques pour courir sus à l'ennemi et l'a coulé au canon après un court et brillant combat."

L'amiral Lacaze affectionnait la casquette de mer, à l'écusson manifestement apposé, bordé de canetille et portant les trois étoiles du grade. On le voit souvent coiffé ainsi pendant la guerre. En 1917, il portait même la casquette de mer du modèle 1912, alors qu'un nouveau modèle (celui qu'il porte ci-dessus) avait été adopté en 1913 ! Quand on est ministre – il démissionna le 2 août –, on peut tout se permettre...
Voici d'ailleurs un cliché issu de BNF / Gallica qui le montre le 25 juillet 1917, encore ministre, aux côtés du vice-amiral de Bon. Et dessous se trouvent les bandeaux de casquette 1912 (bandeau de soie brodé noir sauf le motif central et les traits inférieur et supérieur en canetille) et 1913 (galon de soie noire, ovale en canetille entourant les étoiles).



Peu de temps plus tard, le vaillant chalutier reprenait la mer pour à nouveau patrouiller et escorter les navires alliés...





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