1901. A bord du croiseur cuirassé Amiral Charner de l'escadre d'Extrême-Orient
Ces photos proviennent de la collection BNF / Gallica. Elles font partie d'un album de souvenirs d'un officier de marine lors d'une longue campagne en Extrême-Orient.
Elles donnent une idée de l'entraînement que pratiquaient les marins à bord des bâtiments pendant les campagnes, le croiseur cuirassé Amiral Charner en faisant une à l'issue de la révolte des Boxers en Chine qui avait demandé un renforcement des moyens terrestres et navals français sur le théâtre.
L'Amiral Charner avait été construit à Rochefort et mis à flot en 1893 pour être admis au service actif en 1894. C'était un bâtiment déplaçant 4 700 tonnes et mesurant 110 m de longueur. Il était armé de 2 pièces de 194 mm, en deux tourelles, une à l'avant, l'autre à l'arrière, et de 6 canons de 138 mm.
Après avoir servi peu de temps à la division d'instruction, il fit partie de la division des croiseurs de la Méditerranée, avant de rallier l'escadre d'Extrême-Orient en 1901. Il reviendrait en 1911 en Méditerranée. Il serait torpillé en 1916 par le sous-marin allemand U21 en face de Beyrouth, coulant en deux minutes et emportant au fond l'intégralité de son équipage, sauf un seul quartier-maître.
En attendant ce funeste destin, l'Amiral Charner fit une longue tournée l'emmenant en particulier à Hong-Kong et en Chine. Il remonta alors le Yang-Tsé-Kiang jusqu'à Hankou pour inaugurer le quai de la concession française que notre pays avait obtenue en 1896. Nous aurons l'occasion de revenir sur cet épisode dans un prochain billet. L'escadre était alors commandée par le vice-amiral Édouard Pottier.

Derrière ces matelots en tenue de fatigue, encore armés de revolvers modèle 1873 – ce qui montre que le modèle 1892 n'était pas encore arrivé dans toute la Marine –, nous pouvons apercevoir une partie de la devise de la Marine.
Bien que sympathique, ce cliché n'est pas très original, car ce type d'entraînement a souvent été immortalisé par des prises de vue. C'est également le cas du suivant qui montre que la boxe anglaise était très prisée, plus au titre de la culture physique que du combat au corps à corps.

Voici des lieutenants de vaisseau de l'état-major du Charner. Ils sont photographiés à côté de la tourelle arrière de 194 mm. On pourrait croire que ce cliché est bien antérieur à 1900. En effet, la tenue décontractée avec redingote ouverte était en 1900 d'un autre âge. De nombreux rappels à l'ordre avaient accompagné les suites de l'adoption de la redingote à col fermé en 1876. Et si une certaine tolérance avait eu néanmoins cours pendant une quinzaine d'années du fait d'une réglementation peu claire, en 1891 des précisions avaient prescrit le boutonnage complet de la redingote.

Sur ce dernier cliché, qui saura dire ce que font ces matelots ?

Cette activité était supervisée par un enseigne de vaisseau à gauche et un second maître près de la cheminée. Ce second maître est reconnaissable à son galon unique au bas de la manche et au port de la chemise en molleton (aujourd'hui vareuse) dont le col a été redressé par le vent. On peut également remarquer qu'il ne porte pas une casquette mais un bonnet. Les seconds maîtres perdraient définitivement ces effets de tenue de travail le 9 janvier 1903 ; ils avaient déjà perdu la chemise à col bleu le 13 mai 1878 au profit d'une chemise blanche à faux col serré par une cravate.





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