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1816-1819. Un lieutenant de vaisseau émigré et réintégré dans la Marine royale ?

  • marine-maubec
  • 30 sept. 2025
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 oct. 2025

A été récemment proposé aux enchères cet intéressant portrait d'officier de vaisseau.

Cet officier n'est pas identifié, mais nous pouvons déterminer son grade, l'époque à laquelle son portrait a été peint et d'abord la tenue qu'il porte.

Cet officier porte le petit uniforme défini le 7 prairial an XII (27 mai 1804), avec ses fausses boutonnières caractéristiques sur le collet montant et uniquement sur celui-ci ; sur certains boutons, on distingue par ailleurs les deux glaives croisés brochés sur l'ancre, modèle de bouton de ce même millésime ; l'épée quant à elle diffère du modèle réglementaire avec une fusée en nacre et non finement filigranée (un modèle qui préfigure celui de 1819 ?). Pour autant, ses décorations – croix de Saint-Louis et décoration du Lys – indique clairement que nous nous situons au cours de la Restauration. La période d'exécution de ce portrait s'étendrait donc entre 1814 et 1819 ; 1819 car l'uniforme des officiers de vaisseau fut largement modifié par l'ordonnance du 31 octobre 1819, alors que la stabilité avait prévalu pendant les premières années du nouveau régime politique.

Quant au grade, du fait de l'absence de boutonnières aux parements, nous sommes en présence d'un officier subalterne. Avec une épaulette à corps or à grosses torsades à gauche et une contre-épaulette à droite, il ne peut s'agir que d'un lieutenant de vaisseau parmi les 50 plus anciens distingués à partir du 18 avril 1816 par cette disposition particulière, qui les assimilait, quant au rang, aux marques distinctives et aux honneurs, aux chefs de bataillon de l'armée. Sur les épaulettes, grade par grade, il est possible de consulter le tableau https://www.marins-traditions.fr/_files/ugd/c3f5ca_6443ebc2e1144883ab0e82bb31dfc394.pdf

Nous pouvons donc affirmer que ce lieutenant de vaisseau a été représenté entre le 18 avril 1816 et le 31 octobre 1819.

Il resterait à identifier cet officier. La tâche est complexe – la décoration du Lys fut largement distribuée –, mais nous pouvons remarquer qu'il est décoré de l'Ordre de Saint-Louis, mais ne l'est pas de la Légion d'honneur. Une Croix de Saint-Louis à ce niveau de grade est assez rare : sur l'Etat de la Marine de 1816, on compte 3 lieutenants de vaisseau ainsi décorés, dont un officier promu à ce grade le 24 janvier 1791 et potentiellement émigré ; sur l'Etat de 1818, il sont 14, le plus ancien promu en 1802...

L'officier du portrait ne paraissant pas de première jeunesse, il pourrait s'agir sous toutes réserves du lieutenant de vaisseau promu en 1791, François-Joseph Duclaux de Besignan...

Selon Michèle Battesti, l'émigration à partir de 1791 fit perdre 1 200 officiers, qui s'insurgeaient contre le sort réservé au Roi ou ne voulait pas servir le pouvoir révolutionnaire, sur les 1 657 que comportait le Grand Corps en 1789.

Nombre des officiers émigrés promus ou non, alors qu'ils n'avaient pas servi à la mer depuis plus de vingt ans, du moins sous les couleurs nationales, furent remerciés à la fin de 1817, alors que les ressources de la Marine étaient drastiquement réduites.

Et voici un autre officier de marine de cette période transitoire de 1814 à 1819, cette fois en grand uniforme (collet rouge), dont le portrait est proposé aux enchères et à l'identité connue : il s'agirait de Louis Villeneuve (1776-1834). Mais il n'existe aucun officier de vaisseau de ce nom. En revanche, il doit s'agir du capitaine de frégate Alexandre Louis Ducrest de Villeneuve, que l'on trouve sur les Etats de la Marine de 1816 et de 1818, décoré de la Légion d'honneur et de l'ordre de Saint-Louis, promu à ce grade le 20 décembre 1810. Il ne s'agit donc pas assurément d'un émigré.

Cependant, dans cet uniforme, quelque chose ne colle pas : les deux épaulettes sont de capitaine de vaisseau, alors que les broderies de poitrine sont de capitaine de frégate... Si les capitaines de frégate durent bien porter deux épaulettes à partir du 18 avril 1816, le corps de celles-ci devait être argent...

Le lecteur intéressé pourra retrouver tous ces éléments relatifs aux uniformes dans notre ouvrage Les marins français. 1789 – 1830. Étude du corps social et de ses uniformes. https://www.marins-traditions.fr/les-marins-francais-1789-1830-etude-du-corps-social-et-de-ses-uniformes

 
 
 

17 commentaires


Daniel Studer
Daniel Studer
04 oct. 2025

En rapport avec le portrait d'Alexandre Louis du Crest de Villeneuve, j'aimerais signaler qu'il y a quelques années un antiquaire anglais a proposé à la vente un portrait très intéressant d'un autre officier de marine français dont l'uniforme présentait exactement les mêmes caractéristiques que celui de du Crest de Villeneuve : habit à boutonnières de capitaine de frégate, mais épaulettes de capitaine de vaisseau. Je pense que la raison la plus plausible pour cette anomalie est la même que celle que j'ai déjà évoquée dans le cas de du Crest de Villeneuve. L'officier dans le portrait de chez cet antiquaire est membre de l'Ordre de Saint-Louis, de l'Ordre royal et militaire de San Fernando, de l'Ordre royal d'Isabelle la Catholique, et…


Modifié
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Daniel Studer
Daniel Studer
13 oct. 2025
En réponse à

Merci de cette information.

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Daniel Studer
Daniel Studer
04 oct. 2025

Concernant le deuxième portrait (c'est un peu compliqué, mais j'espère que vous pourrez suivre mon raisonnement 🙂 ) :


Ce portrait est actuellement en vente sur Interencheres :


https://www.interencheres.com/art-decoration/tableaux-objets-dart-et-bel-ameublement-663326/lot-83336490.html


Selon la maison de ventes aux enchères, il s'agirait du portrait d'un capitaine de frégate nommé Alexandre Louis Villeneuve (1776-1834).


En effet, vous l'avez dit, il n'existe pas d'officier de ce nom dans les États généraux de la Marine, et il ne peut s'agir que d'Alexandre Louis du Crest de Villeneuve (1777-1852), dont il existe également un portrait d'âge avancé :


https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Alexandre_ducrest_de_villeneuve.jpg


On affirme que ce portrait est une copie d'après Jules Villeneuve. Sur l'étiquette au dos, probablement ajoutée à une époque plus ou moins récente, je lis (la photo est floue, le texte…


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Olivier
Olivier
04 oct. 2025
En réponse à

Non, je faisais une précison qu'il avait obtenu l'ordre du Lys, qui n'est mentionné que sur ses états de service. Et j'apportais une précision sur Jacques Villeneuve dont les états de service sont élogieux comme quoi, il avait bien la Légion d'Honneur et le Croix de Saint-Louis. Concernant la base léonore, plusieurs dossiers ont brûlés lors de la Commune.

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chauvelin
03 oct. 2025
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Daniel Studer
Daniel Studer
02 oct. 2025

Bonjour,


Je ne suis pas d'accord avec votre interprétation du premier portrait sur ces points clés.


1.


Vous écrivez :


"... nous pouvons remarquer qu'il n'est pas décoré de la Légion d'honneur, ce qui est quasi-impossible pour un officier de ce grade sous l'Empire. Ce capitaine de frégate n'a donc pas servi sous ce régime."


Quiconque jette un coup d’œil aux États généraux de la Marine de l’époque Premier Empire constatera que tous les capitaines de frégate n’étaient pas membres de la Légion d’honneur. Prenons, par exemple, l'État général de la Marine de 1813 (le dernier de l'époque Premier Empire dont j'ai connaissance), pp. 46-57 :


https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k170034d/f52.image.r=capitaines%20de%20fregate


On constate que bon nombre de capitaines de frégates n'étaient pas membres de…


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escherer@wanadoo.fr
escherer@wanadoo.fr
02 oct. 2025
En réponse à

Bonjour,

Vous avez globalement raison. Ce qui conforte votre identification est d'abord l'absence de boutonnières aux parements. Nous sommes donc en présence d'un des 50 plus anciens lieutenants de vaisseau du fait de la présence d'une épaulette à grosses torsades.

Sur le caractère émigré ou pas, il est effectivement difficile de se prononcer ; j'ai consulté trop vite l'Etat de la Marine de 1813 qui fait état de 94 décorés de la LH sur un effectif de 194 capitaines de frégate français (j'ai exclu les, a priori, 29 hollandais servant à Anvers).

Il reste que cet officier arbore la croix de chevalier de l'Ordre de Saint-Louis et la Décoration du Lys, alors que la Légion d'honneur était sous la Restauration…

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