1824. Un chirurgien de Marine sous la Restauration
Monsieur Ralph de Butler nous propose de commenter le portrait de Joseph-Marie Dubreuil, "chirurgien de 1re classe de marine en 1824", auquel l'État général de la Marine de 1823 donne cependant le grade de professeur, grade créé en 1823, même si la fonction existait préalablement (il apparaît en effet comme chirurgien de 1re classe, professeur, dans l'État de 1822). Rappelons que ce grade de professeur était le premier des officiers supérieurs et qu'il n'était accessible qu'à ceux détenant le diplôme de docteur en médecine, diplôme que nombre de chirurgiens ne possédaient pas, ce qui les cantonnaient aux grades subalternes. Ce n'est qu'en 1865 que le doctorat serait exigé pour tous les officiers de santé : il n'y aurait plus dès lors de chirurgiens de marine mais seulement des médecins de marine.
Ce tableau a été peint en 1824 à Toulon par Pierre Letuaire (1798-1885), un jeune peintre alors, ce qui pourrait expliquer le caractère un peu brut du portrait, en regard d'autres productions...
Il est néanmoins intéressant de rappeler les grandes lignes de la carrière de ce chirurgien de marine né en 1790 et mort en 1852.

Le père de Joseph-Marie Dubreuil était médecin de marine. Originaire de Villefranche-de-Rouergue, le hasard de ses affectations le conduisit à servir à Brest, comme médecin en chef, et c'est à Landerneau que sa femme mit au monde Joseph-Marie. Ce dernier, à l'exemple de son père, deviendrait officier de santé. Il soutint sa thèse en 1813.
La fin de l'Empire approchait... On le retrouve alors sous les ordres du vice-amiral Verhuel, dans le Texel, où il était chargé d'un vaisseau-hôpital.
À la Restauration, il partit en campagne, embarquant sur la frégate Eurydice comme chirurgien-major. Il s'intéressa à la fièvre jaune et rédigea en 1817 un mémoire sur cette calamité. Pour ces travaux, il fut distingué en étant nommé chevalier de la Légion d'honneur. Capable d'enseigner, il ne resta pas embarqué à l'issue de cette campagne et rallia l'École de santé de Rochefort comme professeur d'anatomie, puis l'École de santé de Toulon en tant que professeur de chrirurgie et de physiologie. On vint l'y chercher pour enseigner à la faculté : en décembre 1824, ayant quitté la Marine, il fut nommé professeur à la chaire d'anatomie de la faculté de médecine de Montpellier, au moment où anatomie et physiologie se séparaient en matière d'enseignement. Dubreuil participa à la lutte contre le choléra en provenance d'Inde qui sévit dans le Sud de la France en 1835. Il enseigna à Montpellier jusqu'à sa mort en 1852.
Rappelons que les chirurgiens se distinguaient alors des médecins : les collet et parements des premiers étaient en velours cramoisi, quand ceux des seconds étaient en velours noir. Un règlement du 1er février 1823 avait donné aux officiers de santé – aux deux corps précédents, il fallait ajouter les pharmaciens (velours vert) – un nouvel uniforme, notamment composé d'un habit en drap bleu de roi, à coupe droite, à la place de l'habit en drap bleu barbeau (bleu se rapprochant du gris).
Le dessin ci-dessus de Valmont nous montre de gauche à droite, à partir de 1823, un chirurgien de 1re classe de marine (velours cramoisi), un premier médecin en chef (velours noir), un chirurgien de 3e classe et un pharmacien de 2e classe (velours vert, après 1830 car sa cocarde de chapeau est tricolore).
Et le portrait à droite ci-dessus est celui d'un chirurgien de 1re classe, comme Dubreuil. Appartenant aux collections du Musée national de la Marine, il est de facture plus fine.
Vous pouvez retrouver l'histoire institutionnelle et des uniformes des officiers de santé entre 1789 et 1830 dans notre ouvrage Les marins français. 1789 - 1830. Étude du corps social et de ses uniformes : https://www.marins-traditions.fr/les-marins-francais-1789-1830-etude-du-corps-social-et-de-ses-uniformes





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