1843. Le prince de Joinville sur l'île de Gorée
- marine-maubec
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Ce tableau appartient au musée national du Château de Versailles. Il fut peint en 1846 par Édouard Auguste Nousveaux à la demande du Roi Louis-Philippe. Il représente une scène de la campagne qu'effectua son troisième fils François Ferdinand Philippe d’Orléans, prince de Joinville, sur les côtes occidentales d'Afrique en 1843, d'après Les vieux souvenirs de ce dernier, et non 1842 comme l'indique la notice du musée. Il mettait ici le pied sur l'île de Gorée, en face de Dakar. Le prince est au premier plan ; on le reconnaît par le port de l'écharpe rouge de grand'croix de la Légion d'honneur.

Les premiers militaires français qui mirent pieds sur l'île de Gorée furent les 450 marins du corps de débarquement et les soldats des deux compagnies de grenadiers du régiment royal Marine le 1er novembre 1677 sous l'autorité du vice-amiral d'Estrées. Ils y chassèrent les 250 soldats hollandais qui gardaient les lieux.
La France allait y maintenir une présence militaire intermittente de 1758 à 1817. En effet, Gorée fut prise une première fois par les Anglais en 1758 et ne fut restituée à la France qu'en 1763 (fin de la guerre de Sept ans). Les Anglais s'en emparèrent encore de 1779 à 1784 pendant la guerre d'Indépendance américaine, une nouvelle fois de 1800 à 1804 (en dépit de la paix d'Amiens qui prévoyait son retour à la France dès 1802), et enfin de 1804 à 1817 (là aussi, l'île aurait dû voir flotter nos trois couleurs bien plus tôt). Gorée ne disposerait plus d'une garnison française à partir de juin 1960 (source : Maurice Maillat, Les garnisons de Gorée).
Le prince de Joinville faisait ici escale au cours de sa tournée des établissements coloniaux du Sénégal et de la côte de Guinée. Cette navigation l'amena d'abord à Saint-Louis, puis à Gorée et à Dakar. Dans Les vieux souvenirs, il indique "À Gorée je revis les jolies signares, cette compagnie de mulâtresses régulièrement enrégimentées, qui fournit à nos officiers, à nos fonctionnaires, des femmes de ménage et des épouses dévouées pendant le temps de leur service colonial." Autre temps, autres moeurs...
Un zoom sur les personnages centraux de la scène permet de distinguer quelques détails uniformologiques intéressants, mais aussi ces signares richement habillées. On y distingue à gauche en grand uniforme un médecin, grâce à un collet et des parements cramoisis, et plusieurs officiers, dont le prince, en petit uniforme (habit non brodé porté ouvert, avec une ancre à chaque coin du collet, et chapeau monté), et en petite tenue (redingote portée ouverte et casquette). Sur l'habit non brodé du prince de Joinville, on pourra se référer au billet https://www.marins-traditions.fr/post/l-énigme-de-l-habit-de-petit-uniforme-du-prince-de-joinville
Dans un registre différent, mais toujours au Sénégal, nous pouvons rappeler ci-dessous l'oeuvre du peintre de l'Armée Eugène Lelièpvre qui montre trois marins intitulée "Saint-Louis du Sénégal : officiers et soldats du 16e léger et matelots en 1830", avec encore de belles signares. Cet artiste consacra plusieurs de ses oeuvres au Sénégal militaire.
Sur cette oeuvre, matelots comme fantassins paraissent comprendre quelques hommes de couleur. Ce sont des laptots, militaires indigènes originaires du Sénégal, dont Maurice Maillat indique l’existence dès le 17e siècle. La marine royale créa en 1765 le corps des laptots sur l’Île de Gorée ; dès qu'un uniforme exista pour ses équipages (1804), la Marine en dota les laptots (ici la tenue de travail avec chapeau de paille, chemise blanche à col bleu, cravate noire et pantalon de toile blanche). Sur cette peinture, nous distinguons au second plan un officier de marine coiffé d'une casquette, discutant avec des officiers de l'Armée. Deux détails intriguent l'oeil averti : la casquette ne fit réglementairement son apparition sur la tête des officiers qu'en 1837 et cette apparente courte veste à coupe croisée (le port des épaulettes du grade était indispensable sur l'habit de petit uniforme, ce qui exclut ici le port de ce dernier).

Le lecteur intéressé pourra revoir les deux billets que nous avons déjà consacrés à ces marins indigènes : https://www.marins-traditions.fr/post/un-aviso-à-roues-sur-le-fleuve-sénégal-vers-1870 et https://www.marins-traditions.fr/post/sur-le-pont-de-l-aviso-à-roues-ardent-coup-d-oeil-sur-les-marins-laptots.
Le charme de l'exotisme est ici parfaitement représenté par de grands artistes.








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