1845. Un contre-amiral sous la Monarchie de Juillet
- marine-maubec
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Ce portrait daté de 1844, mais modifié après 1845, a été récemment vendu aux enchères. Il a été adjugé 3 300 € hors frais. Il représente d'après sa description le contre-amiral Félicité Louis Urbain Menouvrier Defresne (selon le nom du dossier individuel au SHD que nous n'avons pas eu le loisir de consulter, et non Menouvrier de Fresne, nom repris par certains sites de généalogie, mais qui sait ?).
Après une enfance difficile, Menouvrier rejoignit la Marine, non sans peine, vers 1797. Il avait alors 14 ans. Il y débuta comme mousse sur plusieurs bricks, frégates et vaisseaux. La Révolution et le Consulat allait lui permettre de gravir les échelons, car il était lieutenant de vaisseau en 1806. C'est au commandement du brick de guerre, Le Cygne, qu'il se fit connaître.

Le 10 novembre 1808, Menouvrier Defresne partit de Cherbourg à bord du Cygne envoyé vers la Martinique, alors soumise au blocus britannique. Après avoir été repéré par les forces anglaises dans l'anse du Céron, le bâtiment y soutint un combat acharné les 12 et 13 décembre 1808. Et, pour éviter sa capture, il fit finalement saborder son bâtiment.
Voici le récit dont il fait de cet engagement : "Abandonné à moi-même, sur une côte qui m'était inconnue, je fis tout ce qui était en mon pouvoir pour sauver le bâtiment : deux de mes embarcations nageaient devant pour m'entraîner au large. Je fis hisser et border mes focs et grande voile d'étai. J'allais envoyer une ancre à jet pour virer au large ; on se disposait à la placer dans l'embarcation quand j'appris que le bâtiment coulait bas d'eau, qu'elle pénétrait partout, que le peu de poudre qui me restait était noyée. Je fis aussitôt mettre ma chaloupe à la mer, je sauvai mes blessés et mon équipage. Ma batterie était chargée. De temps en temps je tirai du canon pour cacher ma situation à la division ennemie ; elle me joignit facilement et me canonna. Il ne restait à bord que mon état-major et un canonnier, nous coulions à fond. Dans cette conjoncture, nous mîmes le feu de l'avant dans une gone de goudron et quittâmes le bâtiment après avoir jeté à la mer les armes à feu pour que l'ennemi ne pût en profiter. Il nous mitraillait à toute outrance cependant il n'a envoyé des péniches à bord du Cygne, qu'après qu'il brûlait depuis trois quarts d'heure et lorsqu'il était submergé. Quoiqu'assailli par sept bâtiments dans cette seconde affaire, je n'ai eu aucun blessé, je n'ai à regretter la mort de personne. Le bâtiment seul est perdu ; on a sauvé les farines, partie des vins et salaisons ainsi que les objets d'armement…"
Voici une illustration de ce combat où Le Cygne au mouillage paraît effectivement assailli de toutes parts par de nombreux agresseurs.

Après l'Empire, il poursuivit sa carrière et atteint le grade de contre-amiral le 1er janvier 1835. Sans consulter son dossier personnel, on retrouve sa trace sur les côtes d'Algérie, lors de la conquête de Dellys en mai 1837. Il commandait alors la Marine à Alger depuis le 25 août 1835 ; il serait remplacé à ce poste par Hyacinthe de Bougainville. Il devint alors major général à Brest.
Menouvrier Defresne fut nommé en 1842 préfet maritime de Lorient par intérim et exerça cette fonction jusqu'en 1845, année où il reçut la plaque de Grand Officier de la Légion d'honneur (26 avril). Il mourut en 1848.
Si ce portrait avait bien été peint en 1845, l'amiral aurait eu 62 ans, ce qui paraît peu vraisemblable compte tenu de la jeunesse apparente du personnage représenté. C'est une anomalie fréquemment observée...
La bataille qui le rendit un peu célèbre lui valut le don par la commune de Saint-Pierre en Martinique d'une épée d'honneur – elle était également aux enchères lors de cette vente –, en souvenir du combat du Cygne qui s'était déroulé devant ce port. Elle ne trouva pas acquéreur, étant probablement surévaluée à plusieurs dizaine de milliers d'euros, une dépense sans doute acceptable pour de grands collectionneurs, mais pour des objets ayant appartenu à des officiers généraux lors des événements, pas à un humble lieutenant de vaisseau, fût-il devenu contre-amiral bien des années plus tard.
Sur la fusée de cette épée d'un modèle non réglementaire, mais s'approchant toutefois des modèles adoptés pour les officiers généraux le 1er vendémiaire an XII (24 septembre 1803), puis pour les officiers de marine le 7 prairial an XII (27 mai 1804), sont inscrits les textes suivants : "Ville de Saint-Pierre Martinique à M. Menouvrier Defresne lieutenant de vaisseau commandant le brick de sa Majesté impériale et royale Le Cygne" et "En mémoire de sa belle défense les 12 et 13 décembre 1808 à l'anse du Céron contre six bâtiments anglais".
De magnifiques objets qui témoignent des combats de la Marine impériale dont les officiers ne manquèrent pas de courage contre la Royal Navy, même s'ils trouvèrent rarement le succès.
Nous félicitons l'acquéreur du portrait de Menouvrier Defresne, dans un superbe cadre sur lequel on trouve... des cygnes.

Le portrait de ce contre-amiral est très intéressant, car s'il n'y avait pas eu cette attribution en salle des ventes, corroborée par les cygnes du cadre, nous aurions vu là un probable maréchal de camp. En effet, jusqu'en 1891, la Marine fut très avare dans la définition de l'uniforme de ses officiers généraux, se contentant de se reporter aux textes de la Guerre, sans que les ancres des coins du collet ne soient exigées. Seuls les modèles de boutons, à l'ancre et au trophée étaient adoptés. Or ici, la définition de la peinture des boutons ne permet pas d'y voir une ancre... Ainsi, l'ordonnance du 20 juillet 1837 sur l'uniforme du corps royal de la Marine se contente-t-il de dire "L'uniforme et l'arme des amiraux, vice-amiraux et contre-amiraux continueront d'être les mêmes que ceux des maréchaux et officiers généraux de l'armée de terre, tels qu'ils ont été arrêtés par l'ordonnance du Roi du 19 août 1836, sauf les exceptions suivantes pour les vice-amiraux et les contre-amiraux : en grande tenue le pantalon de casimir blanc, avec galon en or de 45 mm de largeur, conforme au modèle, sur la couture de côté, et en petite tenue le pantalon de drap bleu de roi, aussi avec un galon en or de même dimension, seront portés sur la botte avec sous-pied en cuir noir. Les bottes seront sans éperons." Pas de pantalon ici pour statuer...
Il reste cependant une question à élucider et nous espérons que les phaléristes sauront y répondre. Était-il habituel de porter une croix de l'Ordre royal de Saint-Louis sous la Monarchie de Juillet (de surcroît en plaçant en dernier la croix d'officier de la Légion d'honneur associée à la plaque de Grand officier), alors que ce régime voulait opérer une coupure avec celui de la Restauration ?













Bonsoir Monsieur,
Je n'ai pas été informé de cette vente. Pouvez-vous m'indiquer l'étude concernée et la date de la vente? Je vous en remercie par avance. Meilleurs sentiments