1857. Un magnifique portrait de l'amiral Hamelin
- marine-maubec
- 23 juin
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Ce portrait de l'amiral Ferdinand Hamelin a été récemment proposé aux enchères.
L'amiral Ferdinand Hamelin naquit en 1796 et embarqua comme mousse dès l'âge de 10 ans ; il fit campagne en océan Indien à bord de la frégate de 40 canons Vénus à partir de 1808. Cet embarquement sur la frégate de son oncle Jacques Hamelin lui donna l'occasion de participer au combat de Grand Port en 1810 au cours de laquelle la Vénus s'empara de l'Iphigénie ; il était alors aspirant de 2e classe. Peu de temps après la Vénus fut prise et Hamelin fut donc fait prisonnier. Il fut libéré en 1811, promu alors aspirant de 1re classe. Enseigne de vaisseau en 1812, il embarqua à bord du vaisseau Eylau appartenant à l'escadre que commandait son oncle. Il fut une nouvelle fois fait prisonnier.
Allait suivre une longue et glorieuse carrière embarquée, avec de nombreux commandements : la gabare Cauchoise de 1818 à 1820, la gabare-écurie Lamproie en 1826 – il captura le pirate qui avait conduit à la mort de l'enseigne de vaisseau Bisson –, le brick Euryale en 1828, le brick Actéon en 1830 – il brilla lors du débarquement de Sidi Ferruch –, la corvette Favorite de 1832 à 1835, et successivement les vaisseaux Triton, Iéna et Océan de 1837 à 1842. Il avait été promu capitaine de vaisseau le 22 janvier 1836, à 40 ans.
En 1842, il fut promu contre-amiral et reçut le commandement de la division navale du Pacifique de 1844 à 1848. Vice-amiral en 1848, il devint préfet maritime de Toulon en 1849.
C'est son action à la tête de l'escadre de la Méditerranée, à partir du 11 juillet 1853, pendant la guerre de Crimée, qui lui valut son bâton d'amiral – une dignité équivalent au maréchal de France (sur cette dignité, revoir https://www.marins-traditions.fr/_files/ugd/c3f5ca_77fa7608e6a543cfa698a1793aca1e5e.pdf). Le 27 mars 1854, la France et la Grande-Bretagne avaient déclaré la guerre à la Russie. Le port d'Odessa fut bombardé le 21 avril 1854 par les escadres anglaise et française et un blocus du port de Sébastopol et de l'embouchure du Danube, pour empêcher tout ravitaillement des forces russes dans la région, fut établi.
Le 30 juin 1854, l'escadre de l'Océan sous les ordres du vice-amiral Bruat se joignit à l'escadre d'Hamelin, lequel prit le commandement de la totalité des forces navales françaises en mer Noire. Un débarquement non loin de Sébastopol pour s'emparer de ce port ayant été décidé, ces forces transportèrent l'armée qui débarqua le 14 septembre. Le 17 octobre, l'attaque du port fut déclenchée à terre et depuis la mer : mal préparée, ce fut un échec ; Hamelin faillit y perdre la vie quand un obus russe éclata sous la dunette de son bâtiment-amiral, le vaisseau Ville de Paris. La flotte fut alors contrainte d'hiverner en attendant le retour de la belle saison. Hamelin laissa le commandement de la grande escadre de la mer Noire à Bruat le 5 janvier 1855. Il fut nommé ministre de la Marine le 19 avril suivant et le serait jusqu'au 24 novembre 1860. Il fut ensuite Grand Chancelier de la Légion d'honneur.

L'amiral est ici en grand uniforme, avec son habit de cérémonie richement brodé sur la poitrine, le long des retroussis et sur les manches, en plus des broderies que porte l'habit de petit uniforme, au collet, aux parements et à l'arrière de la taille. Remarquons les 3 rangs de broderie au collet et aux parements qui distinguaient l'amiral du vice-amiral (2 rangs) et du contre-amiral (1 rang).
Sur les portraits peints ou photographiques qu'il nous a été donné de voir au cours des recherches uniformologiques que nous avons commencé il y a une trentaine d'années, nous constatons que bien qu'ils y eurent droit, les contre-amiraux et vice-amiraux du Second Empire et du début de la Troisième République (jusqu'en 1891) ne portaient jamais (ou très rarement ?) l'habit de cérémonie, sans doute non pas par déférence aux amiraux (statutairement, il pouvait y en avoir trois sous le Second Empire), mais par simple prise en compte de la très importante dépense que cet habit occasionnait. D'ailleurs, le port de l'habit de cérémonie avait été considéré facultatif pour les contre-amiraux et vice-amiraux (et les maréchaux de camp et les lieutenants généraux dont ils tiraient leur uniforme) dans l'ordonnance du 19 août 1836.
Parmi les nombreuses décorations qu'Hamelin détenait, signalons le collier de l’Ordre du Bain et l’ordre du Sauveur de Grèce, mais surtout la médaille militaire, récemment créée, pour avoir commandé en chef devant l'ennemi ainsi que la médaille de Sainte-Hélène, montrant son engagement au cours du Premier Empire, deux décorations qu'il affectionnait de porter, comme le montrent les deux représentations de droite, une photo et un dessin issu de celle-ci. Le dessin de gauche le présente plus jeune, alors vice-amiral en petite tenue.
Hamelin mourut en janvier 1864, après 57 ans de service dont 31 à la mer.
Ce fut une personnalité controversée. Ce sont ses qualités d'engagement qui l'emmenèrent au sommet de la hiérarchie, mais ce n'était pas un habile politique. Il est vrai souvent très critique envers ses chefs, le vice-amiral Clément de La Roncière Le Noury, qui fut l'un de ses subordonnés en tant que commandant de la corvette à hélice Roland pendant la guerre de Crimée, ne montra guère d'indulgence à son égard : "Le plus sot est incontestablement le ministre. C'est une brute. Il ne comprend pas et il est ignorant."
En attendant, félicitons l'acquéreur de ce magnifique portrait dans un superbe cadre surmonté d’un manteau d’armes aux bâtons entrecroisés avec glaive et ancre de marine...

Ce tableau a été adjugé à 5 000 €.





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