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1871. Y avait-il des marins au combat de La Cluse le 1er février 1871 ?

  • marine-maubec
  • 11 août
  • 3 min de lecture

Les visites des "petits" musées réservent parfois de belles surprises.

Celui de Pontarlier, sous-préfecture du Doubs, non loin de la Cluse de Joux, présente jusqu'au début de septembre une intéressante exposition sur le combat de La Cluse le 1er février 1871 : armes, coiffures, tableaux...

Parmi les tableaux exposés figure une oeuvre du peintre Robert Bouroult, peinte en 1939, sur commande. Le peintre a imaginé ce tableau pour illustrer l'héroïsme et le sacrifice des soldats de l'armée de l'Est. Bien que l'ayant admiré avec attention, nous n'avions pas remarqué un détail qui a suscité de notre part un deuxième examen après que la personne de l'accueil nous indiqua que le tableau représentait entre autres des marins, à notre grand étonnement... Et voilà le sujet de ce billet : des marins participèrent-ils au combat de La Cluse ?

Sur ce tableau, au deuxième plan, nous pouvons en effet voir une quinzaine de matelots ou quartiers-maîtres emmenés sur la droite par un officier ou un premier maître. Ces matelots sont reconnaissables à leurs bonnets à houppette rouge et à leurs vestes en peau de mouton, effet fréquemment porté lors de cette dure campagne d'hiver et très souvent représenté par les différents artistes, en particulier Édouard Detaille.

Robert Bouroult confondit sans doute marine et infanterie de marine... car de marins à La Cluse il n'y en eut point, sauf le contre-amiral Penhoat, commandant la 2e division du 18e corps, et surtout le capitaine de frégate Pallu de la Barrière, général de division à titre auxiliaire commandant la réserve générale de l'armée de l'Est. Ces deux officiers auraient pu être accompagnés de quelques officiers de marine et matelots, mais nous n'en avons trouvé qu'un seul, le lieutenant de vaisseau de la Bonninière de Beaumont qui était l'aide-de-camp de Penhoat. Dans tous les cas ils n'étaient pas entourés d'une quinzaine de marins...

En revanche, il y eut bien des marsouins à La Cluse. C'étaient ceux du régiment de marche d'infanterie de marine commandés par le lieutenant-colonel Coquet qui se battirent comme des lions sous le commandement de Pallu de la Barrière, lequel dut protéger le passage ultime de l'armée vers la Suisse avec le régiment de marche d'infanterie de marine et le 29e régiment d'infanterie de marche. Le premier se distingua tout particulièrement. Pallu de la Barrière estima devant la commission d’enquête parlementaire de 1873 que, l’infanterie de marine y perdant 5 officiers et 410 sous-officiers et soldats, « la conduite si célébrée de cette troupe à Sedan est surpassée par les actes de courage et d’adresse qui l’ont illustrée à La Cluse »

Revenons sur le tableau. "En plein coeur du combat de La Cluse, le colonel Achilli et ses hommes se portent au secours du 42e régiment, attaqué par les Allemands. Le colonel est touché par une balle sur son cheval. Il meurt dans la nuit." nous dit son cartel. Le lieutenant-colonel Achilli commandait le 44e régiment de marche appartenant à la 1re division d'infanterie du 18e corps d'armée, ce corps devant assurer, avec la réserve générale, la protection du passage de l'armée de l'Est en Suisse. Le 42e et le 44e firent un retour offensif qui stoppa l'ennemi pour un temps...

Le général en chef avait donné leur liberté à ceux qui voulaient sortir de la nasse déployée par les Allemands afin de rallier une partie non occupée de la France pour poursuivre le combat. Après avoir assisté au franchissement de la frontière par ce qui restait de sa division, le contre-amiral Penhoat fut de ceux qui, à leurs risques et périls, s’échappèrent ; il arriva à Bordeaux le 8 février pour se remettre à la disposition du gouvernement de la Défense nationale et fut le jour même promu vice-amiral.

Quant à Pallu de la Barrière, il s’exfiltra également vers Gex. Au cours de la suite de sa carrière, après avoir commandé plusieurs frégates cuirassées, il fut désigné en 1882 gouverneur de la Nouvelle-Calédonie et de ses dépendances, en remplacement du contre-amiral Courbet, poste qu’il occupa jusqu’en 1884. Il ne reçut pas les mêmes faveurs que Penhoat : il ne fut promu contre-amiral qu’en 1887, alors qu'il avait trois étoiles en 1871, certes comme auxiliaire. La Marine ne fut pas prompte à le récompenser, à moins qu'elle ait eu ses raisons...

Pour en savoir plus, sur le combat de La Cluse et l'action des deux seuls marins sur place (en fait trois), il est possible de lire notre dernier ouvrage sur La Marine et les marins dans la guerre de 1870 (https://www.marins-traditions.fr/ouvrages-de-l-auteur).

Et voici la Cluse de Joux, entre les forts du Larmont (à gauche) et de Joux (à droite) par laquelle l'armée de l'Est retraita vers la Suisse et qui fut le lieu des derniers combats de la guerre de 1870, alors que partout ailleurs l'armistice avait fait cesser les hostilités...


 
 
 

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