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1940. La défense contre avions à Orly

  • marine-maubec
  • il y a 4 heures
  • 4 min de lecture

Cette première photographie issue des collections de l'ECPAD incite au farniente estival. Pourtant, en mai 1940, il ne s'agissait pas du tout de se reposer. Manifestement la "Drôle de guerre" n'était pas terminée ; l'offensive allemande n'avait pas commencé...

Toujours est-il que la Marine avait reçu pour mission d'assurer la défense contre avions du terrain d'aviation d'Orly. Ces marins appartenaient à la 4e batterie mobile de défense antiaérienne qui était équipée de canons de 90 mm.

À l'époque, le radar en était à ses balbutiements, du moins en France, et les moyens de détection des aéronefs étaient la vue et l'écoute. Voici ci-dessous deux matelots chargés de veiller aux jumelles, installés dans des chaise longue ou siège suspendu.

La décision de constituer des batteries mobiles d'artillerie contre avions avait été prise dans les années 1920, alors que la Marine avait reçu en 1918 la responsabilité de la défense terrestre du littoral et que l'équipement en armement de DCA de tous les points potentiellement sensibles de ce dernier avait été jugé trop dispendieux. Trois batteries de 155 mm et huit batteries de 90 mm, mobiles, étaient réalisées en 1938. Quatre de ces dernières avaient été placées à Orly dès la crise de cette année-là. Le 90 mm avait l'avantage sur le 75 mm mis en oeuvre par l'Armée de porter plus haut ; il semblait également davantage capable de gêner les avions rapides ou volant bas.

À la déclaration de guerre en 1939, la 4e batterie se plaça en bordure du terrain d'aviation, les trois autres batteries stationnées initialement à Orly se déployèrent au Bourget, au fort de Charenton et au moulin d'Orgemont. Les canons étaient complétés de projecteurs télécommandés ou télépointés et de télémètres. Les batteries de 90 mm de la région parisienne étaient commandées par le capitaine de vaisseau Lemonnier dont le PC était établi à Orly.

Le cliché précédent et le suivant nous montre les dispositifs optiques fixes de la 4e batterie et le caractère sommaire de l'installation du personnel mettant en oeuvre cette dernière. On peut être surpris par le caractère peu adapté de la tenue portée par l'officier en veston bleu, aux galons qui ne font qu'un demi-tour sur les manches – une pratique admise pour le service courant –, et pantalon bleu avec guêtres. On remarque également l'attribut du casque de l'officier comme de l'opérateur. Si l'on peut penser que ces casques Adrian étaient du modèle 1926, on s'attendrait à voir sur son avant l'ancre seule (attribut adopté en 1929) ou l'ancre sur une rondache (attribut idéalisé par Babu en 1938 ?)...

La batterie disposait d'un appareil de pointage optique GL et également de télémètres.

Parmi les servants de celui des photos ci-dessus et ci-dessous, placés sous la direction d'un maître, lui aussi en veston, on remarque un curieux casque sur la tête d'un marin à gauche. Il s'agit du casque particulier à la DCA de l'Armée, qui est ajouré au niveau des oreilles pour permettre le port d'écouteurs. La Marine en avait-t-elle reçu en dotation ?

Il fallait organiser la vie courante comme on le pouvait. En ce début du mois de mai, la météo clémente permettait la prise des repas en extérieur, non loin d'un canon de 90 mm. On remarque le ruban légendé du matelot de gauche portant l'inscription "BATTERIES DE DCA..." (DE LA MARINE ?) qui montre que ces marins appartenaient à une unité constituée, mais qui s'écarte des prescriptions de la circulaire du 21 mars 1934 (un lecteur pourra sans doute nous le confirmer)...

Le standard de ces tenues s'écarte significativement de celle de l'officier des premiers clichés.

Les marins devaient également assurer la sûreté de leur batterie, de jour comme de nuit.

On remarque sur la photo ci-dessus la capote bleu foncé adoptée le 1er mars 1933 pour les marins combattant à terre et le 24 juillet 1934 pour les marins de l'artillerie de côte, qui est du même modèle que celle qui avait été retenue dès le 1er septembre 1923 pour les fusiliers marins.

Ci-dessous, le fusil-mitrailleur 1924-29 est en batterie contre avions...

Et là, le fusil Lebel est prêt à tirer sur d'éventuels agresseurs.

Les alertes furent très nombreuses pendant la Drôle de guerre. Cependant, pour Orly les choses devinrent plus sérieuses à partir de début juin.

Le 3, la capitale fut en effet bombardée par des formations de bombardiers escortées par des chasseurs. Orly fut lui-même bombardé à partir de 13h30 par plusieurs vagues successives. Les batteries tirèrent 131 coups et furent épargnées par les bombes ; l'histoire ne dit pas si les 90 mm atteignirent des avions... En revanche, des baraquements furent touchés et 3 marins décédèrent. Le soir même la 4e batterie fut déplacée à Grignon, à 2,5 km d'Orly.

Le 12 juin, l'ordre d'évacuation fut donné. La 4e batterie quitta Orly vers le Sud 3 heures après, laissant du matériel sur place, après sa destruction.

(Source : Les formations de la Marine aux armées 1939 - 1945, Service historique de la Défense, 1953)

 
 
 

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