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1920. Un officier ayant participé au sauvetage des Arméniens en 1915...

  • marine-maubec
  • il y a 5 jours
  • 3 min de lecture

Les photos suivantes sont issues du livre de Jean Cordelle, L'épopée des Arméniens et des marins. Musa Dagh. Ras el Mina. Septembre 1915. Jean Le Mée. Un parcours d'officier dans la Marine nationale française, que nous avons lu et recensé au profit de l'Académie de marine. Nous le conseillons.

Ce livre revient sur le sauvetage par des bâtiments de la 3e escadre de plus de 4 000 Arméniens (vieillards, femmes, enfants et 650 combattants décidés à résister aux Turcs) qui s'étaient réfugiés au sommet du Djebel Moussa, non loin de la frontière turco-syrienne, après avoir été menacés de déportation et de mort par les troupes ottomanes en 1915. C'est assurément une très belle histoire tout à l'honneur de la Marine française.

C'est le commandant de l'escadre, le vice-amiral Louis Dartige du Fournet qui prit la responsabilité de déclencher cette opération humanitaire. Elle fut exécutée sous l'autorité du contre-amiral Gabriel Darrieus, intérimaire de Dartige du Fournet, avec les bâtiments suivants : le croiseur cuirassé Desaix (commandé par le capitaine de vaisseau Édouard Vergos, commandant l'opération sur place), le croiseur protégé Guichen, le croiseur cuirassé Amiral Charner, le croiseur de 2e classe D'Estrées et le croiseur porte-torpilleurs Foudre.

Parmi les officiers qui se distinguèrent au cours de cette opération figurait le jeune enseigne de vaisseau de 1re classe Jean Le Mée, à la tête d'une partie de la compagnie de débarquement du Desaix mise à terre par des canots à vapeur pour protéger l'embarquement des Arméniens les 12 et 13 septembre 1915. Il était entré à l'École navale en 1910 et avait été promu enseigne de vaisseau de 2e classe le 5 octobre 1913.

En 1919, Jean Le Mée, désormais lieutenant de vaisseau, rencontra sa marraine de guerre qu'il épousa le 18 mars 1920. On voit ci-dessous les jeunes époux avec les parents de la mariée et, à droite, la mère de Jean – ce dernier était orphelin de père depuis l'âge de 9 ans ; marin pêcheur, François Le Mée avait disparu en mer en 1901.

Intéressons nous maintenant à l'uniforme porté par Jean Le Mée pour la circonstance.

Il s'agit des effets de grande tenue de cérémonie, pantalon à bande or et habit brodé, dont le port avait été suspendu le 7 décembre 1915 jusqu'à la fin des hostilités. Sauf que ce port ne fut jamais rétabli, mais que cette tenue fut néanmoins revêtue par certains officiers comme tenue de cérémonie, du moins par ceux qui en possédaient encore une.

Le lieutenant de vaisseau Jean Le Mée était donc ici globalement dans la tolérance en vigueur pour le port de cet habit. Toutefois il subsiste une anomalie : son habit était d'enseigne de vaisseau de 2e classe, alors qu'en 1920 il était lieutenant de vaisseau, raison pour laquelle il arborait ici des épaulettes de ce grade qui étaient portées désormais avec la seule redingote. Promu à la 1re classe avant la suspension du port de l'habit, Le Mée n'avait sans doute pas eu la possibilité de lui faire apporter les modifications nécessaires (broderies au collet) par un tailleur...

Sur un habit de ce type d'enseigne de vaisseau de 2e classe, le lecteur intéressé pourra se reporter au billet suivant : https://www.marins-traditions.fr/post/un-rare-habit-de-grand-uniforme-témoignage-d-un-jeune-officier-de-la-brigade-des-fusiliers-marins-p

Le port de l'habit de grande tenue de cérémonie ne serait jamais rétabli et il faudrait attendre le 31 mai 1926 pour qu'un nouvel habit soit enfin défini, habit de soirée désormais qui put être confectionné à partir des anciens habits de cérémonie, les officiers de marine de l'époque étant parfois peu argentés (sur la création de cet habit : https://www.marins-traditions.fr/_files/ugd/c3f5ca_6fec837a533640b69d5e42cdc5674ded.pdf). Au-delà de cette raison financière, peut-être fallait-il voir également dans cette possibilité de recyclage l'attachement des officiers au début des années 1920 à ce prestigieux habit de cérémonie, notamment pour les grandes occasions, à l'image de ce qui fit Le Mée pour son mariage. Il est vrai qu'alors la redingote de la tenue provisoire de cérémonie à col fermé faisait bien pâle figure.

Jean Le Mée décéda en février 1927 d'une tuberculose contractée pendant la guerre qui l'avait obligé à quitter le service en 1925. Il est donc "mort pour la France".

 
 
 

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