1890. Le corps de débarquement d'un cuirassé part en exercice
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Le tableau ci-dessous, peint par Bourgain, est récemment passé en salle des ventes. Peint en 1890, il représente les marins de la compagnie de débarquement d'un cuirassé de cette époque partant en exercice dans les embarcations du bord.

À l'époque, selon l'arrêté du 24 juin 1886 sur le service intérieur des bâtiments de la flotte, tous les équipages disposaient d'une compagnie de débarquement dont l'effectif était proportionnel au nombre de marins le composant (un cuirassé comme l'Amiral Baudin avait un équipage de l'ordre de 650 hommes). À la tête des compagnies de débarquement étaient placés des lieutenants ou enseignes de vaisseau, si possible ayant suivi une formation de spécialité de fusilier au bataillon-école de Lorient. Notons que ces compagnies de débarquement regroupaient des marins de toutes les spécialités et non des seuls marins de mousqueterie (le terme de l'époque pour désigner la spécialité de fusilier) – il existe une fréquente confusion à ce sujet, certains pensant que tous les marins combattant à terre étaient des fusiliers : ce ne serait ni le cas dans les armées de province ou dans l'armée de Paris en 1870, ni le cas à la brigade des fusiliers marins du contre-amiral Ronarc'h en 1914. En revanche, naturellement, le commandement affectait prioritairement dans ces compagnies des matelots, quartiers-maîtres et officiers mariniers de mousqueterie. Ces compagnies comprenaient également chacune un armurier. Le personnel non-officier des compagnies de débarquement était armée du fusil, ici vraisemblablement du Lebel modèle 1886.
À une compagnie de débarquement pouvait être attachée une artillerie spécifique composée de petites pièces de montagne de 65 mm sur roues. Les officiers encadrant les détachements d'artillerie étaient choisis parmi ceux ayant suivi les cours de l'école des canonniers. Les servants d'artillerie étaient armés du mousqueton, ici vraisemblablement le "vieux" mousqueton Gras modèle 1874.
Voici un dessin de Bourgain montrant des exercices à terre.

À ces deux composantes pouvait être ajouté un détachement de torpilleurs mineurs muni de matériel de démolition porté sur un avant-train de canon de débarquement. Ces hommes étaient armés de revolvers, du modèle 1873.
Plusieurs compagnies de débarquement provenant des bâtiments de la division ou de l'escadre composait un corps de débarquement placé sous les ordres d'un officier supérieur qui prenait le titre de commandant supérieur du corps de débarquement.
Les quartiers-maîtres et matelots de la compagnie de débarquement du tableau de Bourgain portaient la tenue de travail définie en 1876 composée de la chemise en molleton bleu, du pantalon de fatigue en toile rousse, de la chemise en coton tricoté (rayé), de la chemise blanche à col bleu attenant et du chapeau de paille recouvert de sa coiffe blanche en coton et ceint de son ruban légendé à bouts flottants. Sur le tableau comme sur le premier dessin, on constate que certains marins portent la chemise en molleton sans le col bleu : c'étaient des seconds maîtres qui portaient alors en tenue de travail la chemise blanche sans col sous le molleton (jusqu'au 9 janvier 1903). On retrouve cette différence entre seconds maîtres et quartiers-maîtres et matelots ici : https://www.marins-traditions.fr/post/les-marins-vétérans-à-l-exercice-du-fusil-aux-salins-d-hyènes-en-1883
Les manoeuvriers armant les canots avaient recouvert leur chemise en molleton de la vareuse en toile rousse.
Voici pour terminer deux dessins de Legras qui représentent un marin et un enseigne de vaisseau d'une compagnie de débarquement quelques années plus tôt.
Ces images sont postérieures à 1882, date de l'adoption du casque blanc et antérieures à 1886, le matelot étant encore armé du fusil Kropaschek, dont la baïonnette ressemblait à un détail près celle du fusil Gras. Elles illustraient sans doute les exploits de l'escadre du vice-amiral Courbet au Tonkin.





Bonsoir,
Je viens de lire ce très intéressant sujet sur les compagnies de débarquement rarement commentées. Toutefois, j'ai noté l'omission d'un S à la 8e ligne à mouqueterie.
Une précision sur les gravures d'Alfred Legras, ce sont 45 chromolithographies imitant la toile publiées en 1888 sur des sujets militaires, d'où sont extraits les 2 exemplaires de l'article. On peut remarquer que le révolver que tient de la main gauche l'enseigne de vaisseau ressemble fort peu à l'arme règlementaire du moment, à savoir le révolver Mle 1870 N produit en 4008 exemplaires par la MAS à St Etienne de fev 1875 à 1876. Il me semble également que la dragonne d'officier sulbalterne de grande tenue est inappropriée pour le combat. N'eut…