1831. La flotte française force l'entrée du Tage devant Lisbonne
- marine-maubec
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Voici un magnifique tableau appartenant aux collections du Château de Versailles, dû au talent du grand peintre Horace Vernet, artiste qui peignit de nombreux tableaux à la demande du roi Louis-Philippe, pour célébrer les exploits de l'Armée et de la Marine de la Monarchie de Juillet.
Il nous présente l'épisode au cours duquel, le 11 juillet 1831, l'escadre commandée par le contre-amiral Albin Roussin força l'entrée du Tage protégée par deux forts portugais, Saint-Julien, au Nord, et Le Bugio, au Sud. Cette opération avait été décidée à la suite de l'incarcération de Français soutenant les libéraux persécutés par le lieutenant du Portugal, Don Miguel, frère de l'empereur du Brésil et roi du Portugal Don Pedro, et du refus de leur libération.
Roussin disposait d'une escadre composée de 6 vaisseaux et de 7 frégates. Il avait mis sa marque sur le vaisseau Marengo. Ce vaisseau était en tête pour le bombardement de Saint-Julien sur bâbord.
A la fin de la journée, les forts portugais étant réduits, l'escadre portugaise amena ses pavillons et, une partie de l'escadre française étant mouillée par le travers du palais royal de Lisbonne, les Portugais acceptèrent les demandes françaises.

Un zoom nous permet de commenter l'uniforme des officiers présents sur la dunette de ce vaisseau. L'homme au chapeau haut-de-forme est vraisemblablement l'amiral Roussin qui donne ses instructions à un officier qui s'est décoiffé en signe de respect (sur le salut aux supérieurs, le lecteur intéressé pourra se reporter à l'article https://www.marins-traditions.fr/_files/ugd/c3f5ca_50fcd29a58c04a1d874d51e87d4dfcbd.pdf). Ce dernier ne paraît pas être le commandant du bâtiment, capitaine de vaisseau, plutôt à gauche, qui s'affaire à donner des ordres à un matelot qui va les relayer vers les pièces de bâbord qui tirent – il s'agirait du capitaine de vaisseau Maillard de Liscourt. Juste derrière l'amiral se tient un capitaine de vaisseau, sans doute son chef d'état-major qui se distingue par ses aiguillettes or.
Tous ces officiers sont en petit uniforme, leur habit n'étant pas brodé, sauf au bas des basques. Leurs grades n'étaient donc déterminés que par leurs épaulettes et leurs catégories (officier subalterne ou supérieur) par la nature des glands aux cornes et de la ganse du chapeau.
Au sujet de la coiffure, nous remarquons que l'amiral au centre a préféré porter un haut-de-forme plutôt que le chapeau à plume noire qui était de mise en petit uniforme. Ce n'est pas la première fois que nous observons cette curieuse coiffure aucunement mentionnée par les textes réglementaires et pourtant bien portée, comme en atteste Valmont dans un dessin contemporain, mais peut-être était-ce une pratique d'officier subalterne et non général... Nous en avions déjà vu une sur un autre tableau de Vernet, sans avoir pu justifier son port : https://www.marins-traditions.fr/post/les-marins-du-bombardement-du-fort-de-saint-jean-d-ulloa-et-de-la-prise-de-véra-cruz.
À l'arrière-plan, à droite, se trouvent les soldats embarqués pour l'occasion : le Marengo, comme quatre des vaisseaux, avait à bord un contingent de 100 soldats issus des deux régiments de marine créés le 14 mai 1831 par Louis-Philippe en remplacement des trois régiments d’infanterie relevant de la Guerre servant en principe aux colonies.

Ci-dessous figurent deux dessins, celui de gauche de Valmont, qui était lui-même officier de marine et dont on ne peut donc contester la représentation, et celui de droite de Goichon qui s'est largement inspiré de Valmont. Notons que les porteurs de hauts-de-forme ne sont ici que des enseignes de vaisseau...
De l'autre côté du tableau se trouvent des matelots, sans doute timoniers, prêts à hisser des pavillons dans la mâture pour donner aux bâtiments de la force navale les instructions de l'amiral. Rares étaient les matelots autorisés à monter sur la dunette réservée normalement aux officiers.
Tous les matelots sont coiffés du chapeau de paille. Ce dernier ne fut pourtant introduit une première fois dans un texte réglementaire que le 24 décembre 1835, puis décrit le 27 mars 1858. Notons qu'alors il était de forme un peu différente, avec des bords plus larges (90 mm) que ce qui apparaît ici, mais surtout que la notice de ce tableau indique une réalisation entre 1838 et 1842 : l'artiste a donc pu peindre les marins dans les uniformes du moment plutôt que ceux réellement porté en 1831. Le même défaut concerne le col bleu, introduit en 1829, mais qui à sa création ne comportait pas de liseré blanc.
Le matelot assis porte le paletot, tandis que celui qui est debout, pistolet à la ceinture, porte la capote, vêtement à double rangée de boutons plus long que le paletot.

Valmont ne fait remonter le chapeau de paille qu'en 1837, comme le montre ce dessin ainsi millésimé.

Quoiqu'il en soit, Vernet nous offre encore un beau témoignage de l'action de la Marine française au cours du XIXe siècle !





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