1901. Un voyage présidentiel à Toulon du Président Loubet pour consolider l'amitié franco-italienne
- marine-maubec
- il y a 1 jour
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Voici une image et des photos issues du Petit Journal illustré, du magazine Armée et Marine et de la collection de BNF/Gallica. Elles rapportent le voyage du Président de la République Émile Loubet à Nice et à Toulon du 8 au 11 avril 1901.
Sur cette première image, le Président Loubet monte à bord du cuirassé Saint-Louis le 10 avril, en rade de Villefranche. Il y fut accueilli par le vice-amiral de Maigret, commandant en chef l'escadre de la Méditerranée, et par le contre-amiral Aubry de la Noë, commandant la 2e division de l'escadre. Les bâtiments étaient pavoisés (il est possible de relire ici l'article consacré au grand pavois : https://www.marins-traditions.fr/_files/ugd/c3f5ca_fb25a9678ceb4380bc99e33a19703f59.pdf) pour honorer leur auguste visiteur. L'arrivée du Président fut saluée par les 21 coups de canon réglementaires. Après cet embarquement, l'escadre quitta son mouillage pour rallier Toulon où l'attendait l'escadre italienne.

Sur ce dessin, nous décelons deux anomalies apparentes. La première concerne les ancres de retroussis des deux officiers généraux qui sont du modèle simple et non du modèle avec foudres qui distingue les amiraux. La seconde est cette curieuse façon de saluer le Président. Toutefois, comme le montre notre article sur le salut (https://www.marins-traditions.fr/_files/ugd/c3f5ca_50fcd29a58c04a1d874d51e87d4dfcbd.pdf), il pouvait être encore de tradition d'ôter son chapeau monté (bicorne). Nous n'avons toujours pas trouvé le texte qui prescrivit l'unique salut par la main portée au niveau de la coiffure, paume ouverte vers l'avant...
Voici le canot présidentiel, historique à l'époque, car construit en 1845 et ayant transporté tous les souverains et chefs de l'État depuis, qui débarqua dans l'arsenal de Toulon, au quai de l'Horloge, l'auguste visiteur. Celui-ci y fut accueilli par le préfet maritime du 5e arrondissement, le vice-amiral de Beaumont.

Sur le cliché ci-dessous, issu de BNF-Gallica, le Président Loubet arrive à la préfecture maritime, accompagné du vice-amiral Bienaimé, chef d'état-major général de la Marine. Observons que tous les officiels sont découverts.

C'était assez traditionnel à l'époque. Quand le Président se rendait dans une ville de garnison, il y remettait des croix de la Légion d'honneur. A Nice, il avait décoré des militaires, en particulier des chasseurs alpins, devant la gare, et cela dès son arrivée dans la ville. A Toulon, une cérémonie analogue eut lieu sur la place d'Armes. Nous constatons ici que les officiers de marine non décorés étaient nues-têtes, ce qui n'était pas le cas des officiers de l'Armée qui conservaient leurs képis. Cette photo nous donne également à voir la particularité du pantalon des officiers de la Maison militaire du Président de la République : leur pantalon comportait une double bande or sur les côtés.

Pour rendre la visite que lui avait faite à Cagliari en mai 1899 l'escadre française, l'escadre italienne était alors en escale à Toulon. Il s'agissait d'un nouvel indice de l'inflexion que l'Italie voulait donner à sa politique étrangère, alors qu'elle était encore engagée par le traité d'alliance de la Triplice signé en 1882 avec l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie.
Le 11 avril, à Toulon, le président Loubet fut reçu par S. A. R. le duc de Gênes, commandant en chef la flotte italienne, à bord du cuirassé Lepanto pour un déjeuner. On voit ci-dessous son canot rallier le bâtiment italien au milieu des escadres italiennes et françaises réunies. Il s'agit d'un tableau du peintre Félix Ziem appartenant au Musée national de la Marine.

Le canot arborait le pavillon du Président marqué dans sa partie blanche des initiales EL. Sur les marques distinctives, le lecteur intéressé pourra consulter l'article que nous avons rédigé il y a quelques années pour la Revue historique des Armées : https://www.marins-traditions.fr/_files/ugd/c3f5ca_21e95d7892d4414986a0b1da71e16ff5.pdf
Voici une autre vue de ce transit vers le Lepanto.

Un autre événement marquant eut également lieu ce 11 avril, après le déjeuner : le Président de la République, premier Président à faire cette expérience, participa à une plongée à bord du sous-marin Gustave Zédé, avec le ministre de la Marine Delcassé et le préfet maritime. Le sous-marin plongea en darse Missiessy et fit surface entre les cuirassés Brennus et l'italien Lepanto !
Abel Combarieu, directeur de cabinet du Président témoigna : "En quittant le Lépante et les Italiens, nous embarquons sur une planche étroite longue de 15 mètres, et pourvue dans son milieu d'un petit kiosque : c'est le premier sous-marin, le Gustave Zédé. A l'intérieur, on peut à peine se tenir debout dans les quelques pieds carrés qui constituent ce bateau ; quant à l'orifice par lequel on y descend, il était tout juste à la mesure de nos rotondités pourtant moyennes, mais nos coiffures ne pouvaient y passer. Le Président et Delcassé ont emprunté des casquettes d'officiers ; le général Dubois et moi, des bonnets de police ; quant à l'amiral Beaumont, préfet maritime, qui ne pouvait couronner décemment son grand uniforme constellé de plaques par une coiffure d'officier subalterne, il a préféré se couvrir d'une serviette éponde, et c'est dans cet appareil d'opérette que nous nous sommes promenés au fond des eaux du bassin ; que nous avons émergé à quelques mètres du Lépante, et que nous sommes revenus à quai. J'ai été frappé par la belle figure du commandant Jobard qui a une foi d'apôtre dans les destinées de son outil." (Source : Journal intime de la Présidence de la République. Émile Loubet – 1899-1906. Association Émile Loubet. 2024)
Nous n'avons pas retrouvé de représentation de cette première...





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