1916. Le vice-amiral Dartige du Fournet et son état-major
- marine-maubec
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Ces deux photos issues de la collection BNF - Gallica nous permettent de rappeler le parcours de l'amiral Louis Dartige du Fournet au cours de la Première Guerre mondiale, et notamment son rôle éminent dans le sauvetage de plus de 4 000 Arméniens en 1915.
Dartige du Fournet était entré à l'École navale (vaisseau Borda) en octobre 1872. Son premier commandement intervint en 1893 ; ce fut celui de la canonnière Comète dans la division navale d'Extrême-Orient, région dont il connaissait les mers pour avoir effectué une mission hydrographique sur les côtes indochinoises à bord de l'aviso Parseval, puis pour avoir effectué la campagne de Chine à bord du croiseur Villars sous les ordres du vice-amiral Courbet (il commanda une compagnie de débarquement lors des combats de Keelung, de la rivière Min et de Fou-Tchéou). A la tête de sa canonnière en 1893, il se distingua lors du court conflit qui opposa la France au Siam, en forçant les passes de Meinam.
Son deuxième commandement fut celui du croiseur Surcouf en 1899 à l'escadre du Nord ; il enchaîna avec celui du croiseur d'Entrecasteaux en 1901, une nouvelle fois en Extrême-Orient, et participa aux opérations sur les côtes de Chine. Promu contre-amiral le 9 septembre 1909, il fut placé à la tête d'une division de la 1re escadre en 1911, ce qui l'amena en Méditerranée orientale pendant la guerre des Balkans.
Vice-amiral depuis le 28 novembre 1913, au moment de l'entrée en guerre en 1914 il était préfet maritime de l'arrondissement maritime des côtes d'Algérie et de Tunisie, créé le 30 octobre 1913. Il embarqua à nouveau au début de 1915 pour prendre le commandement de la 3e escadre de l'armée navale.
C'est dans cette fonction qu'il entreprit d'initiative, mais tout en en référant à Paris, l'évacuation des Arméniens du Musa Dagh (montagne non loin des côtes d'Anatolie) du 5 au 14 septembre 1915.
4 092 Arméniens s'étaient réfugié sur cette montage et avaient décidé de s'y défendre contre les Ottomans qui les persécutaient. Mais leur situation devenait critique et, dans l'espoir de recevoir une aide des équipages des bâtiments de guerre alliés qui croisaient au large, les dirigeants arméniens érigèrent deux drapeaux fabriqués de draps. Sur l’un des drapeaux, avait été cousue une croix rouge et sur l'autre une inscription anglaise " Chrétiens en péril : au secours ! ". Ils faisaient des feux autour des drapeaux, pour attirer l’attention des navires. Le croiseur Guichen les vit, envoya un canot à terre pour s'enquérir de la situation, puis, le commandant informé de la situation périlleuse des Arméniens alla rendre compte à l'amiral.
Dartige du Fournet, informé de l'urgence de la situation mais aussi conscient de la lenteur du circuit de décision parisien, prit sur lui de procéder sans attendre à l'évacuation des Arméniens. Ceux-ci furent embarqués sur cinq croiseurs de l'escadre et acheminés vers Port-Saïd. Parmi ces Arméniens, 650 combattants constitueraient le noyau initial de la Légion d'Orient, engagée en Palestine puis en Cilicie.
Dartige du Fournet prit ensuite le commandement de l'escadre des Dardanelles, à bord du cuirassé France. En octobre 1915, il fut désigné commandant de l'armée navale en remplacement de Boué de Lapeyrère, ce qui le conduisit à diriger l'évacuation par la mer d'une partie de l'armée serbe à la fin de 1915 vers Corfou, opération qui fut un succès.

Sur ce cliché, le vice-amiral Dartige du Fournet, commandant de l'armée navale est entouré de son état-major en 1916. Tous les officiers sont en tenue n°3, en blanc complet, définie le 12 mai 1912. A cet époque, le veston était encore à col officier, fermé jusqu'en haut (sur le veston blanc, le lecteur intéressé pourra lire https://www.marins-traditions.fr/_files/ugd/c3f5ca_225ff21ae22348ec93129cadbd21c0c2.pdf). Depuis le 5 février 1912, les pattes d'épaule avaient remplacé les galons amovibles de manche ; pour les officiers de marine, ces pattes d'épaule étaient en toile blanche tandis que celles des officiers des corps assimilés étaient de l'étoffe et de la couleur distinctives du corps (ici se trouvent probablement un mécanicien aux pattes en velours violet, un commissaire aux pattes en velours brun loutre ou un médecin aux pattes en velours cramoisi). Les amiraux portent des casquettes aux bandeaux blancs brodés de fil en soie jaune, comme celle présentée ci-dessous.

Les pertes lors du débarquement à Athènes le 1er décembre 1916, pour mettre fin à l'ambiguïté du gouvernement grec à l'égard des Alliés – Dartige du Fournet accorda sa confiance au Roi Constantin, envoya ses compagnies de débarquement à terre mais celles-ci tombèrent dans un guet-apens – conduisit le ministre de la Marine Lacaze, qui n'était encore que contre-amiral, à le démettre de ses fonctions le 11 décembre, au motif de l'imprudence, et à le placer en non-activité en février 1917, puis en deuxième section en mars 1918, une mesure qui paraît injuste...

(Sources : Etienne Taillemite, dictionnaire des marins français, Tallandier, 2002 ; 1915, La mer et les fronts d'Orient, in Les chemins de Mémoire n°290, printemps 2025)





Précisions de l'amiral Chomel de Jarnieu :
Seul le contre-amiral Daveluy prit la défense de Dartige du Fournet, dans ce qu'on a appelé l'affaire d'Athènes. L'amiral Lacaze n'y tint pas le beau rôle, lui qui avait été peu avant relevé de ses fonctions dans l'armée navale. Pas plus que le CF de Roquefeuil, alors attaché naval à Athènes.
Cela vaut à ma famille – l'amiral Chomel de Jarnieu est un descendant de Daveluy –, plus de 100 ans après, d'être toujours accueilli à bras ouverts par les descendants de Dartige.
Certaines histoires de la 1ere guerre mondiale préfèrent passer tout cela sous silence. Ce n'est pas correct.
Et sur l'évacuation des Arméniens par Dartige, je signale un ouvrage que je…