1786. Sur le pont d'un vaisseau grâce à Fouqueray
- marine-maubec
- il y a 3 jours
- 3 min de lecture
Grâce au fonds détenu par le centre de documentation du château de l'Empéri à Salon-de-Provence, nous vous présentons plusieurs dessins de l'artiste Charles Fouqueray qui illustrent en principe les dispositions uniformologiques introduites par l'ordonnance de Louis XVI du 1er janvier 1786. Fouqueray a du talent mais ses représentations comportent de nombreuses erreurs que nous allons identifier.

D'abord, on a du mal à déterminer qui est l'amiral (ou plutôt le chef d'escadre, qui deviendra le contre-amiral le 29 avril 1791). Il s'agit sans doute de l'officier directement à droite de l'officier à la lunette car il s'agit du seul officier dont apparemment l'habit ne comporte pas de col rabattu et dont le chapeau à trois cornes paraît orné d'une plume blanche, chapeau qui est porté uniquement en petit uniforme, mais pas en même temps que le galon de bordure or... Par ailleurs les parements de son habit ne sont pas conformes : bien que bleus, conformément au règlement du 2 septembre 1775 sur l'uniforme des officiers généraux de l'Armée auquel il faut également se référer pour les officiers généraux de la Marine, outre les trois boutons dorés, ils devraient comporter une broderie parallèle au bord de la manche.
Les autres officiers ont des cols rabattus de couleur bleu de ciel, couleur mal rendue, qui signe une appartenance à la cinquième escadre. L'habit du capitaine de vaisseau, personnage apparemment central ne dispose pas lui non plus de broderies de parements conformes : en principe, il n'en existait que parallèles au bord de la manche, tout comme le lieutenant de vaisseau les poings sur les hanches. Quant à l'enseigne de vaisseau tout à droite, pourquoi ne dispose-t-il pas d'une épaulette à gauche ?

On retrouve les mêmes défauts sur le deuxième dessin. Les habits, apparemment identiques, pourraient correspondre à celui du lieutenant de vaisseau, aucunement de capitaine de vaisseau, mais quoi qu'il en soit leur port imposait l'épaulette à gauche et la contre-épaulette à droite. À défaut, comment pouvait-on distinguer le lieutenant du vaisseau du sous-lieutenant de vaisseau – il deviendrait enseigne de vaisseau le 29 avril 1791 – à l'habit identique ?

Ces élèves de marine et volontaires appartiennent à la première escadre, cramoisi étant la couleur du collet rabattu attribuée à cette force navale. Les élèves portaient uniquement à droite l'épaulette au corps bleu bordé d'or, avec des franges en petites torsades bleues et or. Il est possible que Fouqueray ait voulu distinguer les élèves des volontaires en n'attribuant pas l'épaulette à certains personnages, ce qui serait conforme. Mais qui est donc le personnage central aux bas rouges ?

Enfin, pour l'équipage, on constate la diversité des tenues liée à l'absence de description de l'uniforme à porter, l'ordonnance de 1786 ne donnant que la liste des effets, les fameuses hardes, que le matelot devait détenir au moment de l'embarquement. On retrouve surtout les effets rayés chers à de nombreux illustrateurs... Quant au marin de droite, il ne peut s'agir que d'un volontaire.
Ainsi, si l'on peut tomber sous le charme des illustrations de Fouqueray qui rendent bien compte de l'ambiance à bord des vaisseaux du Roi, ces dessins sont entachés de trop nombreux défauts que ne font pas d'autres artistes plus pointus en uniformologie, comme Goichon par exemple, et surtout Valmont qui l'a inspiré, comme nous le disions déjà dans un billet précédent sur Fouqueray et les marins de l'Ancien Régime https://www.marins-traditions.fr/post/1786-une-inspection-de-l-arsenal-par-fouqueray
Pour plus de détails, les uniformes des officiers de vaisseau de la fin de l'Ancien Régime sont à retrouver dans l'ouvrage Les marins français. 1789 – 1830. Étude du corps social et de ses uniformes https://www.marins-traditions.fr/les-marins-francais-1789-1830-etude-du-corps-social-et-de-ses-uniformes





Commentaires